Toulouse en K7 avec Jérémy BraGxon

Au début des années 80, l’autorisation des radios libres est une déflagration pour les jeunes férus de rock. Jérémy BraGxon est l’un d’entre eux. Il vit à Toulouse, anime des émissions et passe son temps libre à enregistrer sur cassette les groupes locaux qu’il entend en concert ou sur les ondes. Quarante ans plus tard, il met en ligne ses enregistrements et le rock toulousain se dévoile sous un nouveau jour…

Comment est née votre passion pour l’enregistrement des groupes sur cassette ?

En 1979, pour un de mes anniversaires, j’ai eu un radio cassette qui permettait d’enregistrer en direct ce qui était diffusé. À l’époque c’était rare d’avoir un bel appareil de ce genre et c’est comme ça que j’ai démarré mes compilations. Quand apparaissent les radios libres toulousaines, ma fréquence d’enregistrement s’accélère et mes cassettes se remplissent en deux ou trois jours. J’ai une série de 90 cassettes de soixante minutes et 300 cassettes de quatre-vingt-dix minutes avec des albums, des concerts, des démos de groupes que je récupérais.

Les radios libres ont donné une véritable impulsion aux groupes méconnus du public.

Avant les radios libres, il y avait des concerts mais on n’avait pas trop d’informations. Les petits groupes, on ne pouvait pas les entendre. L’arrivée des radios libres a ouvert la voie à des musiciens aux styles musicaux très variés, du hard-rock à la cold-wave, en passant par la musique industrielle la plus pointue. Toulouse, on l’appelait « La Belle Endormie » mais sous les pavés, c’était foisonnant.

C’est dans ce contexte exaltant que vous devenez animateur.

En 1982 j’anime l’émission punk « C’est Mozart qu’on assassine » sur Radio de Lègues, à Frouzins, et c’est à cette occasion que je commence à enregistrer les cassettes démos des groupes qui ont envie d’être diffusés.

Parmi ces groupes locaux, quels étaient les plus décalés, ceux qui vous ont marqué ?

Par le biais des radios locales branchées rock je découvre de nombreux groupes : Dau Al Set, Procédé, Jean Paul Dernier, Major Kyo, Maria Et, Thérèse Racket, Western Electrique, Madame Bovary (de Montauban). J’aime bien également Café Noir, Dougherty, les Queen Bees, Fraise des Bois, Les Incorruptibles, Little Helpers, Classé X (un groupe de scène infernal), Rock Urgence, Señor Sévice, les Taxmen, Vespa Bop et des groupes plus parodiques comme ACDJR et Les Rognons Fous (rires). Chacun vivait dans sa petite chapelle mais quand on s’élève un peu, on voit que le paysage musical toulousain était très riche.

Classé X au Bikini en 1984.

Cette diversité vous pousse à créer « Goodbye Toulouse », une émission de radio consacrée à la ville rose.

J’enregistrais les démos de groupes locaux que je recevais pour faire des compilations. En 1984, je quitte Toulouse pour Amiens. J’y reste cinq ans avant de partir à Besançon, où je propose à la radio associative BIP un projet d’émission : « Goodbye Toulouse ». J’ai fait cinquante émissions avec des groupes de rock locaux mais certaines étaient plus spécialisées sur la vie culturelle toulousaine, les radios, le sport ou encore les expressions locales… J’agrémentais mes émissions sur la musique de commentaires sur la vie toulousaine en général.

Ces émissions sont précieuses pour retracer l’histoire du rock à Toulouse.

Il y a peu de groupes toulousains qui ont connu une gloire nationale, hormis Les Ablettes (rock), Les Fils de Joie (new wave, rock) ou Dau Al Set (punk new wave), car la ville n’a pas eu la renommée de Rouen ou de Rennes… C’est une injustice mais il faut dire que les groupes toulousains n’étaient pas très voyageurs. Le rock toulousain, ça fait sourire les autres villes, pourtant il y avait des groupes de qualité.

C’est ce qui vous a poussé à partager vos enregistrements sur Youtube.

C’est ce qui m’intéresse dans cette démarche : faire (re)découvrir ces groupes toulousains qu’on a trop peu entendus. J’ai ressorti des titres que les groupes n’avaient pas conservé, comme un concert des Fils de Joie à Tours en 1985. Ils n’avaient aucune archive de leurs morceaux en live. Ce n’était pas dans notre optique de garder des traces, on ne pensait pas à la postérité. C’est en partant de Toulouse que j’ai pensé que tous ces groupes ne devaient pas rester au fond d’un carton. Je voulais les ressortir et les diffuser, c’était ça qui m’animait.

Les Fils de Joie.

Ta démarche n’est pas sans lien avec Les Archives du rock Toulousain, initiées par Gill Dougherty.

Je cherchais à qui transmettre ces titres que j’avais numérisés et nous sommes rentrés en contact avec Gill. C’est lui qui m’a conseillé de me lancer sur Youtube et de partager ces cassettes. Pour la page des Archives du rock toulousain, j’ai contacté des groupes qui n’ont pas donné suite. C’est dommage parce que notre seul but est de faire revivre cette période. Certains artistes s’étonnent que l’on ne parle pas d’eux, et on leur répond : « donnez-nous de la matière, de quoi parler de vous! » On trouve beaucoup de choses sur Internet, mais il n’y a pas tout.

Dans les années 80, les enregistrements de groupes en concert étaient plus rares qu’aujourd’hui.

C’est vrai. Il y avait des groupes qui se branchaient sur les tables de mixage pendant les concerts, ou bien les sonorisateurs les enregistraient et les transmettaient aux artistes. Avant de quitter Toulouse en 1984, le dernier concert auquel j’ai assisté était celui des Shérifs. C’était leur premier concert en dehors de Montpellier et un spécialiste du groupe m’a appris qu’il n’avait jamais entendu d’enregistrement antérieur à celui-là. Je n’ai donc pas sauvegardé toutes ces cassettes pendant autant d’années pour rien.

Affiche pour le concert des Shérifs, le 6 décembre 1984.

Les mélomanes d’aujourd’hui sont moins familiers avec le format cassette.

Ah la cassette, toute une époque… Aujourd’hui avec le support MP3 ça nous paraît évident de transporter sa musique avec soi mais avant c’était plus compliqué avec les vinyles et les magnétophones à bandes. Le petit format de la cassette offrait cette liberté, avec la possibilité de créer ses propres compilations qu’on pouvait écouter en voiture.

Le mot de la fin : qu’avez-vous envie de dire aux lecteurs ?

On ne va pas se cacher que nous sommes une génération de sexagénaires et que le temps presse, alors n’hésitez pas à ressortir vos archives ! J’ai aimé écouter ces cassettes et aujourd’hui, mon plaisir est de les faire re-découvrir. Beaucoup de livres ont été édités sur les groupes de rock des différentes villes, mais pas sur la scène toulousaine. Ce ne serait que justice qu’il y en ait un qui voit le jour.

Jeremy BraGxon a confié ses cassettes aux Musicophages, un grand merci à lui !

* Toutes les photos sont extraites des Archives du rock toulousain.

Retrouvez tous les enregistrements de Jeremy BraGxon sur Youtube

« Goodbye Toulouse » sur le rock toulousain

« Au nord du rock » sur les groupes d’Amiens et de Besançon

« Jeremy BraGxon fait du tri dans ses archives » pour écouter ses cassettes de 60 minutes

« Jeremy BraGxon continue le tri dans ses archives » pour découvrir ses cassettes de 90 minutes

– « Jeremy BraGxon termine le tri dans ses archives » : en cours de création.

The Pixies, piliers de l’alt-rock

Grâce à « Surfer Rosa », les Pixies ont donné ses lettres de noblesse au rock alternatif émergent, en influençant un nombre considérable de groupes pendant les années 90.

La folle histoire des Pixies débute en 1984 à Boston, dans le Massachussets. Le chanteur Black Francis et le guitariste Joey Santiago se rencontrent alors qu’ils sont étudiants en économie à l’université, et partagent la même résidence universitaire. Francis ne jure que par la surf music et Santiago est un passionné de punk, bande-son de le rage qu’il ne tarde pas à faire découvrir à son ami. Ils composent quelques démos mais leurs balbutiements dans la musique s’arrêtent lorsque Black Francis émigre à Porto Rico pendant six mois pour suivre un programme universitaire. Cette expérience le marque considérablement et à son retour, il suggère à Joey d’arrêter ses études pour se consacrer entièrement à la musique. En 1986, ils diffusent une annonce dans un journal afin de recruter une bassiste et Kim Deal, qui n’a jamais touché une basse de sa vie, est la seule à répondre à l’appel. Les deux amis estiment qu’elle est la candidate idéale. Le batteur David Lovering rejoint la bande et The Pixies, nom trouvé en feuilletant le dictionnaire inspiré d’un elfe, voit le jour.

« Come On Pilgrim », 1987

Le groupe est repéré par le producteur Gary Smith de Fort Apache Studio qui a contribué à la reconnaissance des Throwing Muses, premier groupe américain à être signé chez 4AD et que The Pixies accompagnent en tournée. Ils enregistrent une cassette destinée à faire leur promotion auprès des maisons de disques, et Ivo Watts-Russel les signe. Le mini-album composé de huit titres Come On Pilgrim sort en 1987 et, bien qu’il ne soit pas officiellement reconnu comme leur premier album, détient déjà ce qui fait l’essence sulfureuse des Pixies : des paroles surréalistes ayant pour thèmes la religion, les déviances et l’ufologie chantées en anglais et en espagnol. Le voyage à Porto Rico est le fil rouge des textes de Black Francis et reste, tout au long de sa carrière, une source d’inspiration.

« Surfer Rosa », 1988. Le photographe Simon Larbalestier a réalisé les pochettes d’albums des Pixies.

En 1988 sort Surfer Rosa, considéré comme leur premier opus et à l’origine d’un succès retentissant – Come On Pilgrim étant resté confidentiel. Le disque est enregistré sous la houlette de Steve Albini – légendaire producteur de PJ Harvey et plus tard de Nirvana – et fait fureur, tant auprès du public que de la critique. The Pixies, c’est une signature musicale unique, étirant le rythme jusqu’à la schizophrénie, responsable de l’émergence de que l’on nommera « rock alternatif » ou « alt rock ». The Pixies, c’est un rock qui bondit, qui n’est pas stable. Au début de sa carrière, la bande ne se contient pas et laisse sa musique exploser de manière saillante. La batterie de Lovering lacère les morceaux, comme pour accompagner les paroles faisant référence à la mutilation. La guitare lo-fi ainsi que le chant démentiel, immodéré, alternent entre couplets lents, presque flous en comparaison avec les refrains rapides, bruts, donnant l’impression d’être déréglés à l’instar de « Break My Body » ou le hardcore « Something Against You », le tout avec brio. Mais The Pixies c’est aussi un sens de la mélodie très affûtée, comme en attestent les deux morceaux de l’album au succès planétaire : « Where Is My Mind », inspiré du monde marin et « Gigantic », interprété par Kim Deal, dont la voix n’a rien à envier à celle de Black Francis. Jaloux de ses prestations, il l’évincera du chant – le succès qu’elle connaîtra quelques années plus tard avec The Breeders permettra enfin aux auditeurs de savourer la voix de la chanteuse – et l’on peut déceler, dans ces rivalités, les prémices de la désintégration du groupe.

« Last Splash », The Breeders

The Pixies retournent en studio pour enregistrer Doolittle – album moins brut mais plus étoffé, ce que ne cesseront de perfectionner les musiciens sur leurs prochains disques Bossanova et Trompe le Monde – et c’est lors de la tournée qui succède la sortie de l’album que les dissensions s’intensifient entre les deux membres. En 1993, Black Francis annonce à la radio la fin des Pixies. Il enregistre des albums solos et Kim Deal connaît le succès avec The Last Splash, le deuxième album de The Breeders. Le groupe se reforme en 2004 pour de nombreuses tournées mais Kim Deal quitte définitivement la formation en 2013 et sera remplacée par Paz Lenchantin, bassiste du groupe A Perfect Circle.

Si le punk avait déjà ouvert les vannes d’une musique chaotique, The Pixies la prolongera avec leurs gimmicks contrastés de sons durs et pop jusqu’à en inspirer le grunge au début des années 90. Surfer Rosa est l’album de chevet de Kurt Cobain et il demandera à Steve Albini, de produire In Utero. The Smashing Pumpkins, PJ Harvey, et même David Bowie qui enregistre une reprise de « Cactus » sur Heathen, sont subjugués par la maîtrise électrique de cet album phare des années 90, dont l’efficacité demeure intacte trente ans après sa sortie. 


Les collaborations iconiques de PJ Harvey

Égérie rock des années 90, la chanteuse et multi-instrumentiste anglaise réussit le pari de se renouveler à chaque nouvel opus. Son influence capitale sur les Musiques Actuelles se ressent dans les œuvres de nombreux musiciens contemporains. Pour explorer les mille facettes de cette artiste-caméléon, voici les moments forts de sa carrière, décryptés à travers le prisme de ses collaborations.

John Parish, le compagnon du Somerset

PJ Harvey et son musicien fétiche : John Parish

Polly Jean et John Parish ont plus d’un point commun. Ils grandissent tous deux dans la ville de Yeovil, dans le Somerset, au Sud-Ouest de l’Angleterre. Dans les années 70, Parish gagne sa vie en donnant des cours de guitare. Un beau jour, il décide de créer un atelier de musique moderne à l’école des Beaux-Arts de Yeovil, où la future chanteuse étudie la sculpture. Afin de mettre en théorie sa pratique, il fonde le groupe de rock Automatic Dlamani où, encore adolescente, PJ Harvey fait ses gammes à la guitare. Celle qui ne savait plaquer qu’une poignée d’accords avant de rencontrer Parish aguerrit sa pratique, jusqu’à dépasser son maitre lorsqu’elle s’envole de ses propres ailes pour enregistrer son premier album Dry, en 1992. Respecté pour son travail exigeant, Parish est le collaborateur idéal pour l’Anglaise, soucieuse de se renouveler à chaque nouvelle production. Il a pour habitude de réaliser ses compositions expérimentales en solitaire, dont Polly Jean s’inspire pour écrire ses paroles. Présent en tant que producteur et musicien sur la majorité de ses disques, Parish enregistre deux albums en duo avec PJ Harvey : Dance Hall at Louse Point en 1996 et A Woman a Man Walked By en 2009.

Björk, rebelle en puissance

S’il y a une autre icône qui est aussi habile et inventive que PJ Harvey, c’est bien Björk. En 1994, les deux chanteuses aux voix d’or sont invitées à la cérémonie des Brits Awards, et leur prestation ne laisse pas la salle indemne…. Elles font fureur auprès du public grâce à une reprise endiablée de « Satisfaction » des Rolling Stones. Le succès est tel qu’un enregistrement du single est prévu, mais Allen Klein, l’ancien manager des Rolling Stones, s’y oppose farouchement. C’est lors de cet événement que le grand public découvre réellement PJ Harvey.

Nick Cave, l’amant terrible

En 1996, Nick Cave and The Bad Seeds enregistrent Murder Ballade, un recueil de ballades sur le thème du meurtre. Inspirées par des chansons populaires des pays anglo-saxons, elles livrent avec force détails le récit de crimes passionnels. Le chanteur australien invite PJ Harvey en duo sur « Henry Lee », titre inspiré du chant traditionnel « Young Hunting », qui raconte l’histoire d’une femme assassinant son amant parce qu’il n’est pas amoureux d’elle. Les deux artistes vivent une idylle passionnelle lors de l’enregistrement du disque, mais elle bat rapidement de l’aile. Profondément blessé par leur séparation, Nick Cave dédie l’album The Boatman’s Call à sa relation avec la chanteuse.

Le trip lancinant de Tricky

Alors qu’il s’attèle à la composition de son album Angels With Dirty Faces, le musicien anglais contacte PJ Harvey, signée chez le label Island Records comme lui. Il lui envoie une démo de « Broken Homes », morceau sombre et planant qu’il a écrit tout spécialement pour qu’elle l’interprète. Elle retravaille sa voix afin de se fondre dans l’atmosphère désabusée du disque.

Errance citadine avec Tom Yorke

Au tournant du nouveau siècle, PJ Harvey délaisse le rock rugueux des débuts, et signe un renouveau pop qui séduit plus d’auditeurs. Sorti en 2000, Stories From The City, Stories From The Sea, est parsemé de références à la ville, entre grâce et tourments. Fan de Radiohead et de la voix de Tom Yorke, PJ Harvey l’invite à chanter en duo sur le titre envoûtant « This Mess We’re In », où la Grosse Pomme est symbole de désir et de désordre. Polly Jean frappe fort, avec des ventes estimées à un million d’exemplaires pour cet opus qui signe son plus gros succès commercial. Disque de platine avec 300 000 disques vendus au Royaume-Uni, disque d’or en France écoulé à 100 000 exemplaires… Il n’en faut pas plus à la chanteuse pour être la première femme à rafler un Mercury Prize, récompense annuelle qui consacre le meilleur album anglais de l’année.

Pascal Comelade, frenchy fan

En 2016, le chanteur et pianiste français réédite L’Argot du bruit, initialement paru en 1998. Il décide de remanier l’album en réenregistrant plusieurs de ses titres. Fan de la voix de PJ Harvey, il l’invite à chanter en duo sur le titre inédit « Featherhead ». L’Anglaise collabore également à l’écriture des titres « Love Too Soon » et « Green Eyes », sur lesquels elle pose sa voix.

A l’Est, il y a du nouveau (une introduction à la scène musicale tchèque)

Episode 1 : Market

Le hasard des rencontres et des voyages m’a amené à faire plusieurs séjours à Prague ces dernières années. J’y ai croisé des expositions, des lieux, des personnes, des points de vue, de la beauté, des pavés, des tramways…et puis quelques concerts, forcément. Au fur et à mesure, j’ai découvert le bouillonnement de cette ville pleine de ressources (..et de collines dont les sommets régalent les yeux, mais ce n’est pas le sujet). Je suis rentrée avec des souvenirs plein la tête et l’envie profonde de parler de tout cela : il se passe des choses sur la scène musicale de ce petit pays au centre de l’Europe et il est grand temps que nous allions y tendre une oreille ! Je suis donc allée à la rencontre de musicien-ne-s tchèques afin d’en savoir plus là-dessus.

Cette fois-là le rendez-vous était pris, dans un bar animé du quartier de Vinohrady, avec deux membres du groupe Market, première formation de cette série d’articles…

-Est-ce que vous pouvez présenter rapidement le groupe (ses membres etc) ?

Jakub : Alors il y a moi, Jakub, je joue de la guitare et des claviers, Market c’est aussi lui (montrant son acolyte en face de lui), Pavel, il s’occupe des synthés et euh…

Pavel : …des samples

Jakub : Oui..après on a Andřé qui est le bassiste puis Marek qui est le batteur et Šimon qui est au chant et à la guitare…et voilà notre joyeuse bande !

-Depuis quand jouez-vous ensemble ?

Pavel : Je pense qu’on a officiellement créé le groupe en septembre…2017 et on a fait notre premier concert en février 2018. donc oui ça fait à peu près deux ans. Aussi, en mai dernier, on a sorti notre premier album Art Star et puis..

Jakub : ..on a fait quelques dates depuis et c’est tout !

Pavel : Oui, on a juste sorti un single et je pense que c’est tout !

-Quelles sont vos inspirations (pas forcément musicales) pour créer vos morceaux ?

Pavel : Je pense que c’est très varié…et je crois que je peux aussi parler au nom de Šimon avec qui je compose les morceaux, parce que c’est pareil pour lui : on écoute vraiment beaucoup de styles différents. C’est vraiment ça, on ne s’est jamais dit « notre musique devrait sonner comme tel groupe » ou « on va faire de l’électro ou autre ». Non, la phase de composition s’est toujours déroulée naturellement. Donc je dirais que ce qui nous inspire c’est la musique, de manière générale.

Jakub : Je ne pense pas qu’il y ait un seul genre musical que l’on n’écoute pas…

Pavel :…à part la country

Jakub : J’aime la country ! J’ai acheté un album de country samedi dernier (on avait trop bu)…

Pavel : Je sais ! Je disais ça pour rire ! En fait un seul genre que je ne pourrais vraiment pas qualifier d’influence c’est le reggaeton mais à part ça…

-Comment vous composez vos chansons du coup ? Est-ce que vous avez un schéma qui revient régulièrement par exemple ?

Pavel : Pas vraiment..mais je dirai qu’en général c’est moitié moitié entre Šimon et moi. Par exemple je commence à composer une partie de l’instru et je l’envoie à Šimon qui va écrire les paroles et, à partir de là, on va faire des allers-retours. Après on va peut-être proposer une démo aux autres qu’on va retravailler tous ensemble.

Jakub : Après on ne va pas leur dire « non, ça c’est nul, on recommence » ! (rires) Juste se réapproprier nos parties pour que ça sonne plus juste pour nous.

Pavel : Mais c’est pas vraiment un processus précis et non modifiable, c’est très variable.

© Bára Gadlinová

-Comment vous présenteriez la scène musicale pragoise à quelqu’un qui y est complètement étranger à cela ?

Jakub : Tout d’abord, il faut dire que c’est de mieux en mieux et de plus en plus développé d’année en année. Chaque année il y a de nouveaux groupes qui sont meilleurs que les précédents. Je me souviens quand j’avais 21 ou 22 ans, il n’y avait pas vraiment de musiques d’ici que j’aimais écouter mais maintenant, de nouveaux projets qui apparaissent régulièrement. Donc, oui, ça devient de plus en plus intéressant… Tu as pas mal de formations qui font du rock à guitares mais aussi des producteurs d’électro, de techno et de dance, beaucoup de DJs avec des styles très différents…beaucoup de nouveaux clubs qui ouvrent aussi.

Si je devais présenter cette scène à quelqu’un qui ne connait pas du tout Prague, je lui conseillerai juste d’aller se balader dans différents clubs et salles de concerts qui proposent différents styles de musique.

Pavel : En même temps je ne pense pas que Prague est une ville avec une seule facette, avec une chanson/un groupe/genre musical très identifié-e et qui pourrait la représenter. Ce n’est pas comme Berlin par exemple.

Jakub : Je dis toujours que Prague est un melting pot musical. Les gens vont aller visiter Berlin, Amsterdam ou Londres (toutes ces villes qui brassent plus de monde, qui ont des scènes plus développées) et s’en inspirer. Du coup, ici il y a plein de courants musicaux différents mais rien n’est « au top » si je puis dire… par contre ça devient de mieux en mieux au fur et à mesure que le temps passe.

Pavel : Peut-être que la techno est au-dessus quand même, on a une très bonne scène techno ici et je ne parle pas seulement de Prague mais un peu partout dans le pays, notamment à Brno par exemple…mais on doit encore trouver notre place dans le paysage international, on n’a pas vraiment de style précis qui pourrait marquer l’identité de la ville…

Jakub : ..Mais c’est bien pour toi par exemple, comme ça tu peux découvrir des artistes qui jouent des morceaux issus de courants très différents tout en restant dans la même ville !

-Et du coup comment vous vous sentez au sein de cette scène ?

Jakub : Je ne crois pas qu’on ait vraiment une place précise. Certaines personnes disent qu’on fait partie de la scène rock et, c’est pas contre eux, mais j’ai l’impression que c’est juste pour mettre une étiquette sur ce qu’on fait alors que notre musique est un mélange de différents genres. Oui, on joue avec des guitares mais on ne peut pas nous résumer à cela. Ça nous ramène à la question précédente en fait : je pense que la scène musicale pragoise est très variée et tou-te-s les musicien-ne-s se rencontrent. C’est un petit monde… et je ne crois pas qu’on ait une place spéciale.

Pavel : Je ne pense pas non plus… au début, pas mal de gens nous ont classés dans la grande famille, un peu vague, de l’indé…mais en même temps on ne peut pas reprocher ça au gens. Quand on écoute une chanson, on va juste, instinctivement la relier à ce que font d’autres artistes que l’on connait.

Jakub : Voilà…mais en même temps on ne se préoccupe pas trop de tout cela. C’est cool si les gens écoutent notre musique, viennent nous voir en concert etc… mais on ne se soucie pas vraiment de savoir si on rentre bien dans des cases précises.

-Quelles sont les meilleurs endroits pour écouter/découvrir des musiques à Prague ?

Pavel : Je dirai le Fuchs2, qui a ouvert il y a environ un an, Underdogs qui est…

Jakub : …Underdogs est un endroit plus underground qui accueille plusieurs styles de musique de la pop comme du hardcore ou encore de l’électro bien sûr. C’est un vieux sous-sol (d’où le nom !) …et c’est vraiment une bonne salle !

Après cela dépend du style de musique que tu veux aller voir évidemment. Il y a aussi les grosses salles comme le Roxy.

Pavel : Il y a aussi des endroits comme Forum Karlin…qui n’accueillent pas que des concerts, ils font aussi office de théâtre etc

Jakub : 007 aussi ! C’est un peu comme Underdogs… sauf que ça existe depuis quelque chose comme trente ou quarante ans (en réalité le club vient de fêter ses cinquante ans), c’est assez mythique.

Pavel : Sous le régime communiste, c’était l’un des rares endroits (voire le seul) où l’on pouvait voir jouer des groupes de rock du bloc de l’Ouest.

Jakub : On peut aussi trouver de très bons clubs en dehors de Prague, dans d’autres villes, comme à Brno…Ah et Café v Lese est sympa aussi !

Et pour finir, est-ce que vous avez des projets pour les mois à venir ?

(Ils hésitent, se concertent)

Jakub : Bon…on travaille sur de nouveaux morceaux mais on ne peut pas vraiment en dire plus pour le moment.

Retrouvez la musique de Market ici ou

Le givre sonique de Candélabre

Si vous ne connaissez pas Candélabre, il est temps de découvrir ce trio qui fait honneur aux années glorieuses de la coldwave et du shoegaze.

Originaires de Toulouse, Cindy Sanchez au chant, Anthony Herigny à la guitare et Michaël De Almeida à la basse et au clavier se sont formés en 2017 à la suite d’un concert où leurs groupes respectifs jouaient ensemble (dont Lisieux, leur formation néo-folk). Si leur passion pour la musique des années 80 et 90 les a fédérés, ils reconnaissent que c’est grâce à leurs goûts divergents – en passant de la musique électronique au metal – qu’ils acquièrent une complémentarité et qu’ils créent l’univers singulier, à la fois sombre et cristallin, de Candélabre.

En février 2018, leur premier EP sobrement intitulé S/T sort et inaugure par la même occasion le label toulousain indépendant Solange Endormie Records (dédié aux genres cold-wave, post-punk et minimal) en étant leur premier groupe signé. BLWBCK. Life Is A Walkman, une autre maison de disque issue de la ville rose spécialisée dans le drone, l’ambient, et n’importe quelle musique capable de « procurer simultanément plaisir et tristesse » a également pris Candélabre sous son aile. Le groupe s’est produit dans de nombreux lieux phares de la musique indé de la ville tels que Le Dada, Le Rex ou encore L’usine à musique.

Candélabre se définit sur son site internet comme édifiant « de petites chapelles soniques dans lesquelles langueur et tension sont la clef de voûte », et lorsque l’on écoute les cinq titres de S/T, force est de constater que l’univers musical du trio confère à une religiosité sonore que Cocteau Twins n’aurait pas reniée. Le timbre aérien et puissant de Cindy comblera les adorateurs de Cranes ou Lush, et la basse brumeuse est nappée d’une contagieuse mélancolie digne de The Chameleons. La mélodie lancinante de « Carrion Season » subjugue l’album de son énergie spectrale, comme héritée des cieux.

Candélabre prépare un album qui devrait sortir cette année et sera en concert à la Cave à Rock le 18 juin aux côtés de Parking Dance et de Superficial Single Boy.

https://candelabre.bigcartel.com/

Il faut vivre avec FONTAN

Fontan sort son magnum opus “Le jazz acrylique“ sur ZE Records, mythique label qui a marqué au fer rouge les pionniers de l’underground new-yorkais : Suicide, Lydia Lunch, John Cale, etc.

L’underground tarnais ne regorge pas que de philistins goguenards déclamant des poèmes soulographiques. C’est dans une atmosphère de strict apartheid culturel, le Tarn, son bouge régulier que Fontan explose tout les préjugés des chroniqueurs parigo-centrés. De part ses origines contestées quoique probables où il puise son inspiration, Fontan fait du rock, pas celui devenu une étiquette garantissant l’allégeance à un simulacre de non conformisme mais celui qui révèle la forme toujours autre du feu qui nous habite.

Aucune allergie à l’écoute du jazz acrylique car c’est plutôt du rock soyeux cousu mains confectionné ici et qui nous électrise. De la haute couture puisque Fontan a le souci de la matière première : guitares et ampli vintage. Avec sa Gretch lui servant de catalyseur à riffs, Fontan exprime le puissant courant de sa fantaisie. Une production qui n’est pas dans le calibrage à tout prix ni dans les formats d’oppositions d’un quelconque art migraineux. Le grain lo-fi des fuzz, les silences fracassant et une voix de crooneur spectrale donnant le vertige sont les ingrédients parfaits pour ses compositions dream rock. Pour les anglophones, ses textes poétiques les plongeront dans un puissant maelström d’émotions pour s’échouer sur des rives inattendues.

L’Olympe du rock à ses dieux et Fontan patiente dans son antichambre. Fake News pas encore démentie : le disque serait un side project de Lou Reed avant transformer.

François LLORENS

PARANOÏD est dans PANAMA !

paranoïd

 « Spontanéité, c‘est le maître mot de Paranoïd, que ce soit dans l‘écriture de groupe ou dans le jeu, le groupe maîtrise son sujet. Des textes sincères sur des mélodies simples, accrocheuses mais poétiques, accompagnés d‘une orchestration riche et innovante; toujours actuelle. »

Paranoïd rejoint notre programme d’accompagnement, avec un rock actuel, mature, fondé sur le diptyque d’un chant maîtrisé oscillant entre le dur et le doux, et d’une musique aux riffs accrocheurs et populaires.

Le coup de cœur Rock de la sélection PANAMA !

https://www.facebook.com/paranoid.officiel/

Il est en KORTO pour les topitos?

C’est chez Six tonnes de chair que Korto sort leur premier ep éponyme.

Un 38 tonnes de kraut supersonique déboulant à plein régime sur les chants enlisés du rock français (en anglais).

Korto c’est bien plus qu’un un trio tatapoum prometteur,  leurs 7 titres nous attrapent par les cheveux et nous balancent sous leur rouleau compresseur : batterie galopante,  riffs mordants et basse entêtante qui nous feraient perdre des litres de sueurs rien qu’en headbanging. Premier essai et coup de maître avec une très bonne production hexagonale, il n’y plus qu’a attendre une tournée pour leur en payer une ou deux ou trois…

S’il ne fallait citer qu’une référence: RIDE évidement pour le chant nonchalant.

Leur clip Hot Rock

Album en écoute et achat sur leur bandcamp

François LLORENS.

Rock en Seine, racheté par un homme d’affaires !

Matthieu Pigasse rachète Rock en Seine

C’est Télérama qui  révèle l’affaire le 31 Mars 2017. Rock en Seine après quelques semaines de suspense, vient d’être racheté par Matthieu Pigasse,  responsable monde des fusions-acquisitions et du conseil aux gouvernements de la banque Lazard, dont il est directeur général délégué en France ainsi que propriétaire et président des Nouvelles Editions Indépendantes (qui contrôle le magazine Les Inrockuptibles et Radio Nova), et actionnaire du Groupe Le Monde et du Huffington Post.

A lire ici : http://www.telerama.fr/sortir/matthieu-pigasse-rachete-rock-en-seine-pas-tres-rock-n-roll-tout-ca,156123.php