Les pérégrinations sylvestres de Gofannon

Craft, le nouvel album de Gofannon, tisse des narrations sonores où la nature se fait démiurge, magnifiée par une folk bucolique sur laquelle l’ombre du metal scandinave plane.

L’apprenti forgeron Samuel Méric a passé son enfance dans le petit village d’Auribail en Haute-Garonne, où il s’est imprégné d’une campagne sauvage qui lui a permis de créer un univers musical différent. Fasciné par Tolkien, il chante en français, anglais, suédois et en occitan dans lequel il puise des chants traditionnels. En 2016, il créé en solo Gofannon, un projet de folk pagan et sort son premier EP Prosodie. Les musiciens Rodolphe Johansson au violoncelle, Edouard Golfier aux percussions et Sarg Mercadier à la guitare (également chanteur d’Eydolon, formation réarrangeant des textes occitans avec des sonorités electro sombres) le rejoignent en 2018 pour enregistrer Craft qui sort le 24 mai chez Active Records au format numérique. Une version physique est prévue pour juillet chez Non Posse Mori Records, label français créé cette année et dédié au black metal, au neo folk ou encore à la musique médiévale.

Dans la mythologie celtique, Gofannon est le dieu des forgerons et les musiciens, passionnés d’histoire, colorent leurs textes de références traversant les âges afin de délivrer « une vision d’aujourd’hui des temps anciens et oubliés ». Les toulousains donnent un second souffle au folklore occitan en reprenant sur l’album deux chants traditionnels qui font honneur à la musicalité du patois. La chanson « Las fialairas / Herr mannelig » date du seizième siècle et raconte l’histoire de trois soeurs fileuses qui s’appliquent à la tâche toute la journée et est considérée comme un chant de travail entonné par les hommes pour se donner du courage lors des veillées.

Les compositions originales de Craft invitent l’auditeur à sillonner des plaines et des montagnes en l’immergeant dans ses narrations sonores aux multiples dédales. C’est un véritable pélerinage que suggèrent les morceaux  » Escornboeuf » ou « Alaric », que la vielle à roue, le bol tibétain ou la guimbarde imprègnent d’une atmosphère sylvestre, transposée visuellement dans le clip « L’animal » dévoilé le 22 mai.

Kim, car pas chiant

Chantre du Do It Yourself, mélodiste hors pairs, KIM travaille à la réhabilitation du kitsch en sublimant cette fois le Ukulélé à travers des compositions rafraichissantes et toujours aussi émouvantes.

Sorti en petite grole (le contraire d’en grande pompe…) le 15 avril 2019 chez Equilibre Fragile, Kim s’en tape l’uku mais Uku tape sera certainement trop peu chroniqué sur les webzines musicaux et encore moins dans la presse mainstream et la trinité inrocks/telerama/libé qui font et défont le « cool ».

Kim Giani aka KIM originaire de Bordeaux est un chanteur et multi-instrumentiste mais pas que car trop d’idées grouille sous sa tignasse, il est aussi dessinateur (bandes dessinées, illustrations) et vidéaste ! Le maquisard de l’underground a composé plus d’une trentaine d’albums depuis environ vingt ans et ce dans tous les styles, des hymnes lo-fi plus vite que son ombre. Car dans la catégorie des musiciens hyper-prolifiques KIM se place en tête, à l’heure où cette chronique est diffusée d’autres projets seront bouclés sous son nom de scène KIM ou sous différents avatars « parfois fantasmés et souvent pastiches », tous ses projets sont totalement non dénués d’humour et de troisième degré : les clopes, gainsbite, Jean-Michel Darre, etc.

Après avoir sortit en 2015 déjà chez Equilibre Fragile, Banjo Tapes, des compositions folk-acoustiques, Kim propose cette fois Uku Tapes (15 titres – 29mn) et donc au ukulélé et chant et ce toujours en cinq langues différentes: anglais, français, italien, arabe et russe!!!

(le jaune dans l’ère du temps)
titre magnifique que j’avais pu glisser dans mon top 2018 dans Magic Revue Pop Modern

Tout digger ou curieux que nous sommes, scrollant sans fin les sites de streaming se laissera séduire par cette musique rudimentaire et authentique à la Herman Dune ou Daniel Johnston. Tout Uku tapes est empreint d’une sensibilité à fleur de peau (« paulette blues ») et les compositions aux mélodies toutes plus accrocheuses les unes que les autres (« quelque chose qui me chiffonne ») nous accompagneront longtemps bien au delà de l’été qui pointe son nez.

François LLORENS

Toth est dit.

Après une décennie marquée par la maladie de son ex-compagne, foudroyé par sa rupture, Alex Toth trompettiste averti, remonte difficilement la pente tout en multipliant les projets: hommage à David Bowie, formations punk, etc .

En juillet 2016, Alex Toth se remet d’un pied et cœur brisés, coincé dans son appartement au quatrième étage à Brooklyn avec plâtre et béquilles. Investi dans l’écriture et la composition c’est là que le premier album de Tōth, « Practice Magic and Seek Professional Help When Necessary« , est né.

C’est une véritable renaissance car il en résulte un album dénué d’amertume et rempli de mélancolie ensoleillée. Toht a trouvé la force et l’inspiration nécessaire pour composer des harmonies chatoyantes rappelant les Beach Boys. Sa voix haut perchée et sa guitare folk agrémentées de ses envolés de solos de trompette et de violons confère à son lp une couleur pop époustouflante.


Que vous croyez ou pas à la psycho-magie de Jodorowsy ou à la méditation transcendantale, ce disque est un remède à toute crise existentielle. En attendant la sortie le 10 mai 2019 sur le label Figureith records et Northern Spy Records quelques titres sur les plateformes de streaming sont prescrit à dose homéopathique.

Alberto Montero revêt sa plus belle pop de chambre

Le troubadour espagnol  s’affranchit du songwritting traditionnel avec un album de la maturité on ne peut plus harmonieux et au parti pris orchestral accessible à tous.

Les groupes indie espagnols traversent difficilement les Pyrénées.  Étant allé personnellement plusieurs fois à deux des grandes messes espagnoles que sont le FIB et le Low Festival , je ne suis jamais tombé de l’armoire avec la « pop » de la péninsule. Mise à part le concert de dingue de ZA! (des potes à Alberto d’ailleurs) en septembre 17 au détonnant festival Baignade Interdite  à Rivière dans le Tarn, je ne suis resté accroché qu’aux disques des cadors des nineties: Los planetas et Migala.

Après avoir fait ses gammes en groupe, Alberto Montero part s’installer à Barcelone et commence une carrière solo en marge de la production très popy espagnole. Dès 2008 il sort un premier disque où il joue à peu prés tous les instruments en chantant en anglais sur des compositions folk-rock. Pour son deuxième disque en 2011, Claroscuro, il chante cette fois dans la langue de Cervantes et ses compositions prennent une tournure plus romantiques.

Pour la petite histoire, c’est grâce à la programmation de l’improbable lieu le garage secret dans le quartier des Minimes toulousain, que j’ai pu découvrir l’année dernière Alberto Montero en première partie de Eloise Decazes & Eric Chenaux . Le Piers Faccini ibérique joua en solo avec sa guitare classique et interpréta des chansons mélancoliques sans être dramatiques. Sa prestation me laissa scotché et imperméable au duo qui suivi.  Je lui ai acheté son disque Arco mediterraneo (2015) qui devint par la suite mon disque de chevet. A la première écoute je m’aperçus qu’il  manquait deux titres exceptionnels qui étaient restés gravés dans ma mémoire depuis le concert: Hoy ayer et En el Camino  issu de Puerto Principe (2013) que j’ai pu retrouver heureusement sur son bandcamp.

Les deux titres ici unplugged plus quelques autres:

Les deux précédents LP sont selon moi et avec un enthousiasme pas très feint, proches de la quintessence du genre classical-folk. Les compositions sont habillées avec grâce par un quatuor à cordes, le timbre de voix angélique d’Alberto et sa technique de chant pro-lyrique  auréole son œuvre de bout en bout. Ce sont deux  disques aux mélodies radicalement chantantes que nous attendions tous de Brian Wilson et Alberto Montero nous les a offert.

Depuis 2016 et jusque l’enregistrement en été 2017  le compositeur et tous les musiciens qui l’entourent pour son dernier projet ont empilé pierre après pierre afin de construire cette cathédrale.  Alberto continu d’expérimenter avec beaucoup de cohérence l’harmonie et le contrepoint. Son processus de création nous amène aujourd’hui, à l’écoute de La catedral sumergida, un disque plus intime  qui invite à  nous recueillir. Le valencien, catalan d’adoption,  s’éloigne de manière surprenante du songwritting pour se rapprocher d’une pop de chambre. Sa cathédrale nous submerge par des thèmes de piano à la Debussy, d’introductions au violoncelle oniriques et donne ainsi la part belles aux cordes et donc moins qu’à la guitare/chant comme auparavant.

Ce nouveau disque est peut-être le moins calibré pop, le plus conceptuel mais les compositions sont toujours aussi subjuguantes. Alberto Montero a, comme quelques uns, trop de talent pour être célèbre. Son chef d’œuvre est distribué depuis le 6 avril 2018 par BCstore.

François LLORENS

 

 

Roche avoisine les plus grands

Aaron Roche  musicien basé à Brooklyn n’est pas un artiste torturé mais contrasté. Il concocte du folk lo-fi en lui agrémentant des sonorités d’avant garde, composition contemporaine mais inspirée par une tradition folk américaine, Aaron Roche est un multi-instrumentiste qui travaille aussi et surtout comme ingénieur du son.

Sa tournée qu’il effectue actuellement en Europe permet de (re)découvrir sa discographie et son dernier LP Haha Huhu datant de l’année dernière.  Seulement trois dates en France pour applaudir le troubadour new yorkais en concert acoustique, les plus chanceux ne le manqueront pas le 10 Avril à Caen,  le 11 à Paris et le 12  à Lille.

Pour cet évènement, un nouveau clip a été réalisé par Anna RG pour l’excellent Supreme Monument avec comme guest au chant traditionnel indien: Mirande Rajeev.

Aaron Roche a un CV de poids puisqu’il accompagne en tournée depuis longtemps les plus grands folkeux de ces dernières années comme Lower Dens et Sufjan Stevens. Ce qui lui a permis de se construire une grande maturité  et de se forger ainsi son propre style.  La preuve à l’écoute de ses chansons folk uniques en son genre et à l’émotion maîtrisée.

Aaron Roche

François LLORENS

Top 3 – 6 / 7

Brome par Rosa Merck (c)

François est jeune rédacteur sur notre webzine, il aime la musique indépendante et c’est toujours un bonheur d’écouter ses playlists sur Deezer. Il en a réalisé plus d’une vingtaine : http://www.deezer.com/fr/profile/117122091/playlists et réunit plus de 2200 followers sur le site de streaming, sa dernière playlist date de Décembre et s’appelle Propagande Musicale, tout un programme pour cet amateur qui tente de faire découvrir ses coups de coeurs, Propagande Musicale est riche de 37 titres à découvrir d’urgence http://www.deezer.com/fr/playlist/3888241662

Evidemment c’est une vraie torture pour lui de ne choisir que 3 albums … Les voici pourtant ! Une très belle sélection.

Crescent  « Resin Pocket »

http://www.deezer.com/fr/album/15790452

BROME « Grand Bois »

http://www.deezer.com/fr/album/47177362

Train fantôme « Manémeur »

 

 

 

Top 3 – 4 / 7

Penny Dreadful

Il est évidement celui qui a le goût le plus fin de la bande, le plus intelligent, celui qui comprend toujours tout et pourquoi une musique est émotionnelle. Son rôle est obscur, il change de nom tour à tour pour mieux troubler ses correspondants. Nolwenn affirme qu’il dort la tête en bas, les pieds accrochés au plafond et qu’il est probablement né à un siècle où l’électricité n’existait pas, on le soupçonne même d’avoir inspiré la série Penny Dreadful, c’est dire… Pourtant ses choix sont romantiques et peu sombres. On le croit toujours quand il dit que c’est le meilleur album du monde. C’est l’ancêtre. Méfiez-vous de ses oreilles …. et si vous ne pleurez pas à son top 3, vous pouvez devenir Serial Killer…. c’est sûr.

Susanne Sundfør « Music for People in Trouble »

Sampha « process »

Julian Baker « Turn out the lights »

Top 3 – 1 / 7

Top3

Pendant que le froid et la neige envahissent nos esprits de Noël,  nous avons décidé de revenir sur l’année qui vient de s’écouler et demander à tous les membres de notre équipe de nous donner leur top 3 des meilleurs albums de l’année 2017 et d’être surtout très subjectif. L’amour de la musique reste ici chez nous le plus fort. C’est le choix du coeur, le nôtre, qui a vibré sur les albums que nous avons le plus écoutés cette année. Nous n’avions pas envie de vous en parler mais plutôt de vous les faire écouter tranquillement, alors laissez vous conduire et vous verrez que notre équipe est très très éclectique . Surprise !

Nous commençons avec Franz, honneur à notre Président. Grand fan de Bob Dylan nous ne sommes donc pas étonné de le voir dans son top 3 de l’année 2017….

Noel Gallagher’s High Flying Birds : Who Built The Moon ?

Low RoarOnce in a Long, Long While

Bob Dylan : Triplicate

Tonya Harding, muse de Noël

Tonya Harding

Tonya Harding c’est cette patineuse originaire de Portland aux Etats-Unis qui a été la première Américaine à faire un triple axel en compétition. Dans son enfance, sa mère alcoolique la bat et la force à s’entraîner, pendant des heures, au patinage. Puis vient une sombre histoire de concurrence avec Nancy Kerrigan agressée et blessée au genou. L’enquête démontre que l’entourage de Tonya Harding, son mari et son entraîneur, est impliqué. Elle sera exclue de la fédération américaine de patinage et condamnée à une amende de 110 000 $ et à 500 heures de travaux d’intérêt général pour faux témoignage. Elle est, par la suite, au sein d’un scandale avec la sortie d’une cassette érotique de sa nuit de noces pour laquelle elle nie avoir donné son accord. Aujourd’hui, à 47 ans, la voici boxeuse.

Ce n’est pas la première fois que la culture pop s’empare de cette histoire, Les frères Scott, Les Simpsons ou encore Docteur House font référence à cette affaire avec plus ou moins d’humour. Un biobic est même prêt à sortir !

Sufjan Stevens déterre lui aussi cette histoire, prétexte pour un nouveau titre sobrement intitulé « Tonya Harding » et sorti il y a quelques jours sur les canaux habituels. Sur le Bandcamp de l’artiste, deux versions sont présentées dans deux différentes tonalités et deux différents arrangements, nous prouvant une fois de plus la qualité et la polymorphie de son travail. Tonya Harding a touché le coeur de Sufjan qu’il appelle son « American Princess » et « mon étoile ». Son ode à l’anti-Star Tonya Harding pourrait bien devenir notre titre de Noël, comme figure pop incarnant la résurrection et le pardon. C’est d’actualité.

http://music.sufjan.com/album/tonya-harding

 

Susanne Sundfør panse nos plaies

Susanne Sundfor

On avait aimé les précédents albums de la norvégienne Susanne Sundfør et surtout « The Silicone Veil » sorti en 2012, qui avait fait connaître l’artiste au monde entier avec des titres et des vidéos troublantes et étranges telles que « White Fox » damant le pion à l’anglaise Bat For Lashes. Quelques collaborations plus tard dont le titre réalisé avec M83 pour la BO de Oblivion en 2013 ou encore le « never Ever » sorti l’année dernière avec Röyksopp avec qui elle avait déjà collaboré pour le tubesque « Running to the sea » ; la revoici dans le plus simple appareil et débarrassé des arrangements électroniques, dans un dépouillement folk qui met en valeur sa voix  magnifique, douce et parfois sombre. Le 29 septembre dernier, elle sortait son cinquième album « Music For People In Trouble » (PIAS) un album plutôt acoustique où la blonde nous offrait quelques unes de ces plus belles chansons au piano ou à la guitare dont le splendide « The Sound of War » qui tirera les larmes aux plus insensibles d’entre-nous. En novembre, elle tournera aux Etats-Unis et passera par la salle mythique anglaise le Shepherd’s Bush Empire, le 02 Mars.

Espérons quelques dates en France, mais c’est pas gagné…

L’album « Music for people in trouble » sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/album/47498762

https://www.facebook.com/susannesundfor