Dig It! : Grand Esprit Rock’n’Roll

Hommage à Gildas Cospérec

Gildas Cospérec, le fondateur de l’emblématique fanzine toulousain Dig It! consacré au rock garage, n’est plus. Tout au long de son existence, il s’est employé à défendre des groupes confidentiels et pointus avec un enthousiasme contagieux. Retour sur vingt-cinq années passionnées, par l’underground et le papier, les salles de concert étriquées qui collent sueur et décibels à la foule, afin de lui rendre un dernier hommage.

Au commencement était l’obsession d’un univers : le rock garage, autour duquel se retrouvent trois amis. En 1982, Antoine « Tatane » Madrigal, Benoît Binet et Gildas Cospérec fondent Nineteen, fanzine d’une érudition dense qui connaît un franc succès dans l’hexagone, jusqu’à sa disparition en 1988. À l’instar des fanzines des années 80 qui bénéficient d’un noyau de lecteurs fidèles, Nineteen tente d’intégrer la grande distribution, en vain.

« Nineteen, anthologie d’une fanzine rock » publié en 2016 chez Les Fondeurs De Brique.

Fort de son expérience dans le fanzinat, et face au vide laissé par Nineteen, Gildas décide de créer Dig It! avec ses amis en 1993. Dig It! se définit comme « un fanzine qui s’échine à défendre le garage le plus cryptique, le punk le plus torride, le power-pop le plus roboratif, le surf, le country-rock, le psychédélisme le plus déjanté… Tout ce qui réveille nos vieux démons, ranime le Grand Esprit Rock’n’Roll, brandit la bannière de l’Underground et enfonce joyeusement dans le cul du music business… » La messe est dite. Les amis se retrouvent donc chez Armadillo, le magasin de disques tenu par Antoine et Benoît à Toulouse qui devient le quartier général de Dig It.

La devanture d’Armadillo Disques, rue Pharaon à Toulouse : le quartier général de Dig It!

Grâce à une précision d’orfèvre, ils façonnent un objet à la typographie reconnaissable entre toutes : couverture flashy aux tons psychédéliques qui agrippent l’œil, et un intérieur sobre tout en noir et blanc, comme pour honorer les premiers rockers des 50’s et 60’s – ceux qui sont authentiques, les bruts du décoffrage. Brute du décoffrage, l’écriture l’est aussi, grâce à un style résolument vif, nerveux, disséquant scrupuleusement les derniers disques du millésime. Les performances live sont relatées avec jubilation et un humour truculent, ce qui atteste que oui, l’écriture rock est un art, et les contributeurs de Dig It! en remportent la palme haut la main. Au delà du trio de fidèles, des rédacteurs de toutes les professions participent à l’élaboration du fanzine – du chauffeur de camion au physicien – pourvu que l’envie les anime. Alain Feydri, spécialiste des Cramps, et Pascal « Pachuco » Escobar, auteur d’une Histoire du rock à Marseille, sont également de la partie pour rythmer de nombreux récits.

L’esthétique psychédélique et flashy de Dig It!

Au menu du fanzine d’une cinquantaine de pages publié quatre fois par an, se dégustent des articles de fond enquêtant sur des groupes de niches, des extraits de vie estampillées rock’n’roll, des live reports subjectifs et forts en décibels, comme si l’on y était. Sans oublier un assortiment de chroniques de disques, livres, films, afin d’étancher sa soif de curiosité.

Dig It! est tiré à 1000 exemplaires : 500 numéros sont envoyés aux abonnés, l’autre moitié est distribuée chez les disquaires. Monté en association, le fanzine ne bénéficie d’aucune subvention, et si l’on aperçoit de la publicité entre ses pages, il s’agit d’une publicité consacrée à la musique et offerte aux groupes et labels pour les remercier de leur investissement sur la scène rock. Ce sont les aficionados qui achètent Dig It! ainsi que ses rédacteurs qui ont fait perdurer sa publication pendant plus de vingt-cinq ans.

Ces aficionados, qui sont-ils ? Le lectorat de Dig It! est très large, et recouvre toutes les tranches d’âge, du vieux rocker à un public jeune, manifestant son enthousiasme au travers de courriers, et en assistant à l’émission de radio qui était diffusée tous les jeudis soirs sur Canal Sud jusqu’au mois de janvier. L’émission antérieure à la création de Dig It! diffusait la playlist des rédacteurs, et comptabilisait, en plus des écoutes en direct, un millier de téléchargements du podcast sur le site internet du fanzine. Grâce au streaming, Gildas pouvait constater que Dig It! dénombrait des auditeurs du Canada jusqu’au Mexique.

Dig It! 76 : le dernier numéro du fanzine.

En 2020, l’épopée du fanzine touche à sa fin, mais tout au long de sa traversée, Dig It! sera resté fidèle à la gageure de son titre, comme un mantra : une injonction à creuser, à comprendre et à apprécier des sonorités non formatées. Hors des sentiers battus, Dig It! perdure dans les mémoires et dans les notes irrévérencieuses des disques qu’il a tenu à honorer.

Lors de leur réouverture, Les Musicophages organiseront une exposition sur Dig It! afin de valoriser le fanzine auprès du public.

Site internet de Dig It! : http://digitfanzine.chez.com/digit.html

Pour écouter les anciennes émissions : http://digitradio.unblog.fr/

A l’Est, il y a du nouveau (une introduction à la scène musicale tchèque)

Episode 1 : Market

Le hasard des rencontres et des voyages m’a amené à faire plusieurs séjours à Prague ces dernières années. J’y ai croisé des expositions, des lieux, des personnes, des points de vue, de la beauté, des pavés, des tramways…et puis quelques concerts, forcément. Au fur et à mesure, j’ai découvert le bouillonnement de cette ville pleine de ressources (..et de collines dont les sommets régalent les yeux, mais ce n’est pas le sujet). Je suis rentrée avec des souvenirs plein la tête et l’envie profonde de parler de tout cela : il se passe des choses sur la scène musicale de ce petit pays au centre de l’Europe et il est grand temps que nous allions y tendre une oreille ! Je suis donc allée à la rencontre de musicien-ne-s tchèques afin d’en savoir plus là-dessus.

Cette fois-là le rendez-vous était pris, dans un bar animé du quartier de Vinohrady, avec deux membres du groupe Market, première formation de cette série d’articles…

-Est-ce que vous pouvez présenter rapidement le groupe (ses membres etc) ?

Jakub : Alors il y a moi, Jakub, je joue de la guitare et des claviers, Market c’est aussi lui (montrant son acolyte en face de lui), Pavel, il s’occupe des synthés et euh…

Pavel : …des samples

Jakub : Oui..après on a Andřé qui est le bassiste puis Marek qui est le batteur et Šimon qui est au chant et à la guitare…et voilà notre joyeuse bande !

-Depuis quand jouez-vous ensemble ?

Pavel : Je pense qu’on a officiellement créé le groupe en septembre…2017 et on a fait notre premier concert en février 2018. donc oui ça fait à peu près deux ans. Aussi, en mai dernier, on a sorti notre premier album Art Star et puis..

Jakub : ..on a fait quelques dates depuis et c’est tout !

Pavel : Oui, on a juste sorti un single et je pense que c’est tout !

-Quelles sont vos inspirations (pas forcément musicales) pour créer vos morceaux ?

Pavel : Je pense que c’est très varié…et je crois que je peux aussi parler au nom de Šimon avec qui je compose les morceaux, parce que c’est pareil pour lui : on écoute vraiment beaucoup de styles différents. C’est vraiment ça, on ne s’est jamais dit « notre musique devrait sonner comme tel groupe » ou « on va faire de l’électro ou autre ». Non, la phase de composition s’est toujours déroulée naturellement. Donc je dirais que ce qui nous inspire c’est la musique, de manière générale.

Jakub : Je ne pense pas qu’il y ait un seul genre musical que l’on n’écoute pas…

Pavel :…à part la country

Jakub : J’aime la country ! J’ai acheté un album de country samedi dernier (on avait trop bu)…

Pavel : Je sais ! Je disais ça pour rire ! En fait un seul genre que je ne pourrais vraiment pas qualifier d’influence c’est le reggaeton mais à part ça…

-Comment vous composez vos chansons du coup ? Est-ce que vous avez un schéma qui revient régulièrement par exemple ?

Pavel : Pas vraiment..mais je dirai qu’en général c’est moitié moitié entre Šimon et moi. Par exemple je commence à composer une partie de l’instru et je l’envoie à Šimon qui va écrire les paroles et, à partir de là, on va faire des allers-retours. Après on va peut-être proposer une démo aux autres qu’on va retravailler tous ensemble.

Jakub : Après on ne va pas leur dire « non, ça c’est nul, on recommence » ! (rires) Juste se réapproprier nos parties pour que ça sonne plus juste pour nous.

Pavel : Mais c’est pas vraiment un processus précis et non modifiable, c’est très variable.

© Bára Gadlinová

-Comment vous présenteriez la scène musicale pragoise à quelqu’un qui y est complètement étranger à cela ?

Jakub : Tout d’abord, il faut dire que c’est de mieux en mieux et de plus en plus développé d’année en année. Chaque année il y a de nouveaux groupes qui sont meilleurs que les précédents. Je me souviens quand j’avais 21 ou 22 ans, il n’y avait pas vraiment de musiques d’ici que j’aimais écouter mais maintenant, de nouveaux projets qui apparaissent régulièrement. Donc, oui, ça devient de plus en plus intéressant… Tu as pas mal de formations qui font du rock à guitares mais aussi des producteurs d’électro, de techno et de dance, beaucoup de DJs avec des styles très différents…beaucoup de nouveaux clubs qui ouvrent aussi.

Si je devais présenter cette scène à quelqu’un qui ne connait pas du tout Prague, je lui conseillerai juste d’aller se balader dans différents clubs et salles de concerts qui proposent différents styles de musique.

Pavel : En même temps je ne pense pas que Prague est une ville avec une seule facette, avec une chanson/un groupe/genre musical très identifié-e et qui pourrait la représenter. Ce n’est pas comme Berlin par exemple.

Jakub : Je dis toujours que Prague est un melting pot musical. Les gens vont aller visiter Berlin, Amsterdam ou Londres (toutes ces villes qui brassent plus de monde, qui ont des scènes plus développées) et s’en inspirer. Du coup, ici il y a plein de courants musicaux différents mais rien n’est « au top » si je puis dire… par contre ça devient de mieux en mieux au fur et à mesure que le temps passe.

Pavel : Peut-être que la techno est au-dessus quand même, on a une très bonne scène techno ici et je ne parle pas seulement de Prague mais un peu partout dans le pays, notamment à Brno par exemple…mais on doit encore trouver notre place dans le paysage international, on n’a pas vraiment de style précis qui pourrait marquer l’identité de la ville…

Jakub : ..Mais c’est bien pour toi par exemple, comme ça tu peux découvrir des artistes qui jouent des morceaux issus de courants très différents tout en restant dans la même ville !

-Et du coup comment vous vous sentez au sein de cette scène ?

Jakub : Je ne crois pas qu’on ait vraiment une place précise. Certaines personnes disent qu’on fait partie de la scène rock et, c’est pas contre eux, mais j’ai l’impression que c’est juste pour mettre une étiquette sur ce qu’on fait alors que notre musique est un mélange de différents genres. Oui, on joue avec des guitares mais on ne peut pas nous résumer à cela. Ça nous ramène à la question précédente en fait : je pense que la scène musicale pragoise est très variée et tou-te-s les musicien-ne-s se rencontrent. C’est un petit monde… et je ne crois pas qu’on ait une place spéciale.

Pavel : Je ne pense pas non plus… au début, pas mal de gens nous ont classés dans la grande famille, un peu vague, de l’indé…mais en même temps on ne peut pas reprocher ça au gens. Quand on écoute une chanson, on va juste, instinctivement la relier à ce que font d’autres artistes que l’on connait.

Jakub : Voilà…mais en même temps on ne se préoccupe pas trop de tout cela. C’est cool si les gens écoutent notre musique, viennent nous voir en concert etc… mais on ne se soucie pas vraiment de savoir si on rentre bien dans des cases précises.

-Quelles sont les meilleurs endroits pour écouter/découvrir des musiques à Prague ?

Pavel : Je dirai le Fuchs2, qui a ouvert il y a environ un an, Underdogs qui est…

Jakub : …Underdogs est un endroit plus underground qui accueille plusieurs styles de musique de la pop comme du hardcore ou encore de l’électro bien sûr. C’est un vieux sous-sol (d’où le nom !) …et c’est vraiment une bonne salle !

Après cela dépend du style de musique que tu veux aller voir évidemment. Il y a aussi les grosses salles comme le Roxy.

Pavel : Il y a aussi des endroits comme Forum Karlin…qui n’accueillent pas que des concerts, ils font aussi office de théâtre etc

Jakub : 007 aussi ! C’est un peu comme Underdogs… sauf que ça existe depuis quelque chose comme trente ou quarante ans (en réalité le club vient de fêter ses cinquante ans), c’est assez mythique.

Pavel : Sous le régime communiste, c’était l’un des rares endroits (voire le seul) où l’on pouvait voir jouer des groupes de rock du bloc de l’Ouest.

Jakub : On peut aussi trouver de très bons clubs en dehors de Prague, dans d’autres villes, comme à Brno…Ah et Café v Lese est sympa aussi !

Et pour finir, est-ce que vous avez des projets pour les mois à venir ?

(Ils hésitent, se concertent)

Jakub : Bon…on travaille sur de nouveaux morceaux mais on ne peut pas vraiment en dire plus pour le moment.

Retrouvez la musique de Market ici ou

Le label révolutionnaire 4AD fête ses 40 ans

Le mythique label 4AD fête ses quarante ans ! Découvrez la folle aventure d’un passionné qui a révolutionné l’histoire de la musique indépendante.

À la fin des années 70 à Londres, les jeunes Ivo Watts Russel et Peter Kent, fervents amateurs de rock, passent leurs journées chez Beggars Banquet, LE label indépendant qui signe les grands noms du punk, et possède son propre disquaire en dessous des locaux. Ils finissent par connaître si bien le catalogue que la maison de disques les embauche à la boutique avant de les faire travailler au sein du label. Chargés d’écouter les démos, ils font preuve de tant d’enthousiasme à l’égard de certains groupes que Beggars Banquet leur suggère de monter leur propre maison de disques, en leur apportant une aide financière. C’est ainsi qu’Axis Records voit le jour en 1979.

Bauhaus est le premier groupe à être signé chez 4AD

Emballés par le rock sombre de Bauhaus, précurseur d’un mouvement gothique qui connnaîtra un franc succès dans les charts britanniques et en Europe, Ivo et Peter signent leur premier groupe en novembre 1980 avec un album devenu culte : In The Flat Field. Au même moment, Axis doit changer de nom car il est déjà emprunté par une autre maison de disques et nos deux fondateurs s’inspireront d’un de leur flyer où est inscrit « 1980 Forward », abrégé en 4AD. Ivo souhaite explorer les sonorités creusées par le rock gothique et la new-wave, or Peter désire signer des groupes moins arty et quitte l’écurie en 1981 pour fonder son label Situation Two. Ivo se retrouve seul aux commandes de la maison mais, se laissant guider par son instinct musical aguerri, il signe au début des années 80 un nombre important de groupes, devenant tous aussi cultes les uns que les autres : les irrévérencieux Nick Cave et Lydia Lunch ou encore les mystiques Dead Can Dance.

« Peppermint Pigs » des Cocteau Twins, 1983.

En 1981, Ivo reçoit une démo qui va changer sa vie et façonnera l’identité sonore du label deux décennies durant : Cocteau Twins. Le guitariste Robin Guthrie se rend chez Beggars Banquet dans l’espoir de rencontrer Ivo en personne, ce qui n’arrive pas. La cassette qu’il laisse tombera pourtant entre les mains du démiurge de 4AD quelques temps plus tard. Intrigué, il convoque le groupe et lorsqu’il entend la voix soprano hors-norme d’Elizabeth, c’est la révélation. Le groupe prolixe sort des albums tous les ans durant les années 80, et développe une signature unique, traduisant l’émotion la plus viscérale qui soit – en raison d’une langue inventée par les paroles chimériques de Frazer et une ambiance organique, introspective au possible – jamais égalée par ses pairs. Cocteau Twins sont les enfants chéris du label mais aussi ses enfants terribles. Malgré le statut prestigieux que leur accorde Ivo, ils se plaindront auprès du label des pochettes réalisées par Vaughan Oliver, et de ne pas être mis plus en avant pour passer à la radio.

Gordon Sharp dédicace ses textes sybillins à Liz Frazer, qui le lui rend bien.

En 1983, Ivo fait la connaissance du graphiste Vaughan Oliver lors d’un concert et l’invite à collaborer avec le label pour réaliser l’artwork de ses pochettes, œuvres d’arts à part entière que s’arrachent les aficionados. 4AD, ce n’est pas seulement une aventure sonique hors du commun, c’est une signature esthétique reconnaissable entre toutes chez un disquaire. Avec le partenariat du vidéaste Nigel Grierson et du designer-calligraphe Chris Bigg, Vaughan Oliver fonde 23 Envelope (ou v23 ), réputé pour cultiver une imagerie adaptée au son d’un groupe, ce qui donne lieu à un art synesthésique, onirique.

La dimension esthétique de 4AD est telle que le label réalise des calendriers.
Magazine consacré à 4AD

Pour célébrer l’anniversaire de 4AD, on ne peut faire l’impasse sur le rôle considérable du producteur John Fryer au sein du label qui a su créer le son dont Ivo rêvait. Il orchestre le son de nombreux artistes tels que Clan Of Xymox ou Xmal Deutschland, mais il est surtout reconnu pour être aux manettes du « supergroupe » initié par Ivo : This Mortal Coil. En 1983, il désire réaliser un medley de deux chansons de Modern English « Sixteen Days » et « Gathering Dust » mais le groupe refuse. Ivo soumettra alors l’idée à plusieurs artistes du label (Cocteau Twins, Colourbox entre autres) d’enregistrer des reprises de ces titres et de morceaux des années 60 et 70 comme « Song To The Siren » de Tim Buckley qui fera un tabac. This Mortal Coil existera le temps de trois albums et contribue à l’émergence de la « dream pop », genre qui fait la part belle aux voix et nappes d’instruments atmosphériques, laissant émerger, dans son sillage, les balbutiements du shoegaze… L’influence du collectif sera telle qu’elle inspirera le label américain Projekt Records à signer une majorité de groupes éthérés.

« It’ll End In Tears » de This Mortal Coil

Au début des années 80, Peter Murphy de Bauhaus donne une cassette avec de mystérieuses voix des pays de l’Est à Ivo qui tombe sous le charme de leur chant : Le Mystère des Voix Bulgares que l’ethnomusicologue Marcel Cellier avait signé sur son label en 1975. Ivo est fasciné par leur mélopée utilisant des quarts de tons considérés comme faux qui insufflent une dimension singulière au chant dont la scène folk – Kate Bush en tête – va s’imprégner. Désireux d’explorer des sonorités peu considérées en Occident, 4AD s’empare de l’exotisme avant-gardiste qu’incarne Le Mystère des Voix Bulgares et ressort le disque en 1986. Le collectif connait un succès retentissant au Etats-Unis comme en Europe de l’Ouest. Il ne fait aucun doute que la mystérieuse chorale est l’une des influences de Lisa Gerrard – qui enregistrera un album avec elle et il est probable que les Cocteau Twins s’en soient inspirés.

« Sunburst And Snowblind » de Cocteau Twins ou l’art d’illustrer des sonorités éthérées

En 1987, le label manque d’argent et cherche désespérément une manne financière qui l’aidera à renflouer ses caisses. Ivo réussit un coup d’éclat qui va remédier à la situation, grâce à la collaboration de deux groupes qu’à priori tout oppose : la musique électronique de Colourbox et le rock alternatif et noise d’A R Kane. De ce duo naît MARRS qui envahira les charts avec le single Pump Up The Volume, précurseur de la musique house et premier hit contenant des samples à entrer dans les tops britanniques. L’enregistrement de ce titre aura été des plus houleux car des dissensions règnent entre les deux groupes sur le plan artistique. Ils refusent de venir en studio en même temps, préférant œuvrer chacun de leur côté, mais au terme de cette aventure les attend un tube qui va enflammer les discothèques aux quatre coins du globe. Le label survient à ses besoins et Pump Up The Volume est le seul titre de house que 4AD ait jamais enregistré, Ivo préférant continuer de déployer les univers musicaux fidèles à ses obsessions.

« Pump Up The Volume » s’est hissé en tête des charts anglais pendant des semaines
Colourbox

Si, dans les années 80, c’est Londres qui domine l’industrie musicale, elle perd son hégémonie au début des années 90 au profit des Etats-Unis. Ivo ouvre alors un bureau de 4AD à Los Angeles. Il déniche des pointures américaines majeures telles que His Name Is Alive et sa dream pop expérimentale ou encore la folk de Red House Painters qui emplit les stades grâce à la figure iconique de Mark Kozelek. Grâce à ces groupes, 4AD entretient la filiation avec les sonorités éthérées qui font sa marque de fabrique auprès des auditeurs du label mais pressentant l’avènement du grunge, il s’aventure vers des sonorités plus dures. Ivo découvre et signe Throwing Muses, The Pixies ou encore The Breeders qui font une entrée fracassante dans les années 90 avec un rock brut, dont le mot d’ordre est la fièvre. Face à l’effervescence de guitares saturées, il créé un sous-label dédiée au rock underground intitulé Guernica qui produira quelques groupes mais ne perdurera pas.

Spooky de Lush. En pleine époque shoegaze, les artworks de v23 se distinguent grâce à leur singulière finesse.

En 1990, les Cocteau Twins signent leur dernier album chez 4AD Heaven Or Las Vegas avant de se séparer de l’écurie. Ivo a évolué en même temps que ses artistes fétiches et leur perte conservera probablement pour lui un goût amer. Cette séparation n’est peut-être pas sans lien avec son départ du label quelques années plus tard. Bien que les Cocteau avaient préfiguré le shoegaze avec « Musette and Drums », en s’exilant aux Etats-Unis, Ivo n’a pas su se saisir de la vague émergeant au Royaume-Uni, composée de My Bloody Valentine, Ride ou Slowdive signés chez Creation Records. Il prend sous son aile Swallow et Heidi Berry –son groupe Felt était signé chez Creation, et les membres de My Bloody Valentine viennent chez 4AD pour fonder Mojave 3, créant ainsi une porosité entre les deux labels mais cela ne suffira pas à orner le label de son blason des débuts. Au milieu des années 90, le monde de la musique évolue grâce aux possibilités technologiques offertes par le logiciel ProTools, la musique électronique supplante peu à peu l’industrie et Ivo, n’ayant jamais juré que par ses goûts, jette l’éponge.

His Name Is Alive,
« Home Is In Your Head » de His Name Is Alive, 1991.

Il revend 4AD à Beggars Banquets en 1999, parvenant difficilement à dénicher des artistes dignes de le faire vibrer, et écœuré par une scène musicale à l’intérieur de laquelle il ne se reconnaît plus, il abandonne l’aventure et part vivre dans le désert du Nouveau-Mexique. Le départ de la figure légendaire d’Ivo opèrera un tournant pour le label qui, à l’aube du vingt-et-unième siècle, ne pourra égaler la révolution musicale accomplie dans les 80’s et les 90’s.

Néanmoins, 4AD existe toujours aujourd’hui et produit des musiciens éclectiques, comme Bon Iver, Daughter, ou encore Holly Herndon qui compose avec une intelligence artificielle. En quarante ans d’existence, l’écurie a toujours su rester audacieuse en respectant sa gageure en matière d’excellence. Elle reste, aujourd’hui encore, un modèle pour de nombreux labels indépendants. C’est pourquoi dans les prochaines semaines seront publiées des chroniques des artistes emblématiques de 4AD.

Vidéos réalisées pour la compilation « Lonely Is An Eyesore » en 1987

https://4ad.com/

Bandcamp et les yéyés français d’aujourd’hui !

La Femme, Fishbach ou Laure Briard dans un édito Bandcamp sur le revival yéyé. La France, écoutée par les anglo-saxons n’aura toujours d’intérêt que par ce monument de l’histoire de la Musique pop française, qui n’est qu’un fake, un mouvement fait de covers et d’adaptations parfois douteuses par des artistes à la carrière aléatoire, surproduits pour « ressembler à » (Halliday, Vartan ou Gall et bien d’autres… Françoise Hardy aussi même si elle a transcender le genre), la culture Française par l’exception ! Explications dans le Bandcamp Daily où les clichés continuent de survivre même hors de nos frontières. Seven French Artists Putting a New Spin On Yé-Yé

Rock en Seine, racheté par un homme d’affaires !

Matthieu Pigasse rachète Rock en Seine

C’est Télérama qui  révèle l’affaire le 31 Mars 2017. Rock en Seine après quelques semaines de suspense, vient d’être racheté par Matthieu Pigasse,  responsable monde des fusions-acquisitions et du conseil aux gouvernements de la banque Lazard, dont il est directeur général délégué en France ainsi que propriétaire et président des Nouvelles Editions Indépendantes (qui contrôle le magazine Les Inrockuptibles et Radio Nova), et actionnaire du Groupe Le Monde et du Huffington Post.

A lire ici : http://www.telerama.fr/sortir/matthieu-pigasse-rachete-rock-en-seine-pas-tres-rock-n-roll-tout-ca,156123.php