Errons à travers les Ruines nouvelles de Le Flegmatic !

LE FLEGMATIC – RUINES NOUVELLES

(Sorti le 30-08-2019 chez We are unique ! Records / Mostla)

Ruines nouvelles est le cadet des trois albums de Le Flegmatic, après Esprit de conquète (2015) et Bouleversement majeur (2017). Comme ses aînés, il a des accents de road-movie et vous donnera l’irrésistible envie de démarrer votre 205 et de rouler sans but, vers le Grand (Sud-)Ouest ou les Grands Causses.

Maître dans l’art du contre-pied et de l’ironie froide, Thomas Boudineau, de son encre caustique, dépeint des saynètes du quotidien à contre-jour, à la manière de Depardon. Images habillées par le jeu délicat des guitares éthérées de son compagnon de route, Romain Nègre.

L’espace d’un instant ouvre l’album sur des accents blues. A la manière de Dream River de Bill Callahan, le décor de cordes amples appelle à la rêverie, trompe-l’œil d’un propos acide sur les relations humaines faussement bienveillantes. Aucun des Flegmatic ne cache son admiration pour le songwriting de Callahan, un goût commun pour les arpèges flâneurs, folkeux sans tomber dans l’Américana et une commune inclination à mettre à nu notre part obscure, notre petite hypocrisie quotidienne.

Toujours avec dérision, Le Flegmatic dévoile des scènes et des lieux aussi inattendues qu’absurdes.

Thomas Boudineau peut se vanter d’être le seul baladin à parler de sauce grand veneur dans ses compositions (Chez le boucher in Bouleversement majeur) mais il est surtout question d’amour derrière le sarcasme de ce gigot… et dans cette file d’attente trop longue.

Ainsi de Citadelles ne se fait-il pas «  casser la gueule devant Netto » ? Ces textes sont souvent émaillés de visions surréalistes « Je crois voir des pd dans les buissons mais ce sont des boulistes…mais ce ne sont pas les derniers » (En voiture, Bouleversement majeur).

D’ailleurs ne faut-il pas s’éloigner un peu pour bien voir l’infiniment petit ? Il aurait pu être géographe/urbaniste, dans sa manière d’approcher le rapport de l’Homme aux infrastructures : les routes, les autoroutes, les fossés, les rives, les ponts, les pancartes, les cartes, les barrages, l’Europe, les citadelles, ces zones commerciales, ruines nouvelles, ces villes aux mentalités fanées. Thématique urbaine, obsédante, que l’on retrouve dans C’est une ville « où tout le monde est moche », probable écho de son morceau Béziers (Esprit de conquête) .

L’harmonie douce de la voix de Céline Ribault dans les Camions vous rappellera The blue moods of Spain , suspendu, fragile et bluesy,. « Les Pyrénées sont des femmes fontaines qui me laissaient jouer sous leur jupe ». Les références à l’amour et au sexe (raté) affleurent dans chaque album (L’anniversaire in Esprit de conquête), ainsi des yogis qui « se caressent sur de la bossa nova ».Trop chaud, quant à lui, n’offre-t-il pas la démesure provocatrice de « tringler  la serveuse du bar du Progrés, sur le comptoir » ? S’il fallait le préciser, sous les yeux indifférents, surtout indifférents des piliers de bar, tout ça parce qu’il fait trop chaud. Moment fort de l’album, temps du passage à l’acte, où deux témoins de Jéhovah font les frais de sa déraison, aveuglé tel Meursault dans l’Etranger. Puis le Radeau, magnifique morceau fleuve, oserai-je, de 10 minutes enfonce le clou de l’aveuglement « royaumes engloutis qui se croyaient éternels ». Seraient-ce ces ruines nouvelles, ces interminables paysages de déréliction aux abords de nos villes ?

https://souterraine.biz/album/ruines-nouvelles

Une fois encore dans Ruines Nouvelles, Thomas Boudineau par son chant timide ourlé de guitares laid back et de sa plume bitume (celle qui fait prendre la route) redonne la beauté à la laideur de nos existences, extrait la poésie de nos vices. « Mon amour pour toi prend son temps pour crever », « c’est horrible et c’est beau ».

Chant : Thomas Boudineau

Choeur : Marion Dinse, Céline Ribault

Guitares : Romain Nègre, Thomas Boudineau

Batterie : Benjamin Richard

Basse : Julian Babou

Mixage : Luis Mazzoni

Photo (c) Frank Alix

Fred / Rock this Tarn