Le label révolutionnaire 4AD fête ses 40 ans

Le mythique label 4AD fête ses quarante ans ! Découvrez la folle aventure d’un passionné qui a révolutionné l’histoire de la musique indépendante.

À la fin des années 70 à Londres, les jeunes Ivo Watts Russel et Peter Kent, fervents amateurs de rock, passent leurs journées chez Beggars Banquet, LE label indépendant qui signe les grands noms du punk, et possède son propre disquaire en dessous des locaux. Ils finissent par connaître si bien le catalogue que la maison de disques les embauche à la boutique avant de les faire travailler au sein du label. Chargés d’écouter les démos, ils font preuve de tant d’enthousiasme à l’égard de certains groupes que Beggars Banquet leur suggère de monter leur propre maison de disques, en leur apportant une aide financière. C’est ainsi qu’Axis Records voit le jour en 1979.

Bauhaus est le premier groupe à être signé chez 4AD

Emballés par le rock sombre de Bauhaus, précurseur d’un mouvement gothique qui connnaîtra un franc succès dans les charts britanniques et en Europe, Ivo et Peter signent leur premier groupe en novembre 1980 avec un album devenu culte : In The Flat Field. Au même moment, Axis doit changer de nom car il est déjà emprunté par une autre maison de disques et nos deux fondateurs s’inspireront d’un de leur flyer où est inscrit « 1980 Forward », abrégé en 4AD. Ivo souhaite explorer les sonorités creusées par le rock gothique et la new-wave, or Peter désire signer des groupes moins arty et quitte l’écurie en 1981 pour fonder son label Situation Two. Ivo se retrouve seul aux commandes de la maison mais, se laissant guider par son instinct musical aguerri, il signe au début des années 80 un nombre important de groupes, devenant tous aussi cultes les uns que les autres : les irrévérencieux Nick Cave et Lydia Lunch ou encore les mystiques Dead Can Dance.

« Peppermint Pigs » des Cocteau Twins, 1983.

En 1981, Ivo reçoit une démo qui va changer sa vie et façonnera l’identité sonore du label deux décennies durant : Cocteau Twins. Le guitariste Robin Guthrie se rend chez Beggars Banquet dans l’espoir de rencontrer Ivo en personne, ce qui n’arrive pas. La cassette qu’il laisse tombera pourtant entre les mains du démiurge de 4AD quelques temps plus tard. Intrigué, il convoque le groupe et lorsqu’il entend la voix soprano hors-norme d’Elizabeth, c’est la révélation. Le groupe prolixe sort des albums tous les ans durant les années 80, et développe une signature unique, traduisant l’émotion la plus viscérale qui soit – en raison d’une langue inventée par les paroles chimériques de Frazer et une ambiance organique, introspective au possible – jamais égalée par ses pairs. Cocteau Twins sont les enfants chéris du label mais aussi ses enfants terribles. Malgré le statut prestigieux que leur accorde Ivo, ils se plaindront auprès du label des pochettes réalisées par Vaughan Oliver, et de ne pas être mis plus en avant pour passer à la radio.

Gordon Sharp dédicace ses textes sybillins à Liz Frazer, qui le lui rend bien.

En 1983, Ivo fait la connaissance du graphiste Vaughan Oliver lors d’un concert et l’invite à collaborer avec le label pour réaliser l’artwork de ses pochettes, oeuvres d’arts à part entière que s’arrachent les aficionados. 4AD, ce n’est pas seulement une aventure sonique hors du commun, c’est une signature esthétique reconnaissable entre toutes chez un disquaire. Avec le partenariat du vidéaste Nigel Grierson et du designer-calligraphe Chris Bigg, Vaughan Oliver fonde 23 Envelope (ou v23 ), réputé pour cultiver une imagerie adaptée au son d’un groupe, ce qui donne lieu à un art synesthésique, onirique.

La dimension esthétique de 4AD est telle que le label réalise des calendriers.
Magazine consacré à 4AD

Pour célébrer l’anniversaire de 4AD, on ne peut faire l’impasse sur le rôle considérable du producteur John Fryer au sein du label qui a su créer le son dont Ivo rêvait. Il orchestre le son de nombreux artistes tels que Clan Of Xymox ou Xmal Deutschland, mais il est surtout reconnu pour être aux manettes du « supergroupe » initié par Ivo : This Mortal Coil . En 1983, il désire réaliser un medley de deux chansons de Modern English « Sixteen Days » et « Gathering Dust » mais le groupe refuse. Ivo soumettra alors l’idée à plusieurs artistes du label (Cocteau Twins, Colourbox entre autres) d’enregistrer des reprises de ces titres et de morceaux des années 60 et 70 comme « Song To The Siren » de Tim Buckley qui fera un tabac. This Mortal Coil existera le temps de trois albums et contribue à l’émergence de la « dream pop », genre qui fait la part belle aux voix et nappes d’instruments atmosphériques, laissant émerger, dans son sillage, les balbutiements du shoegaze… L’influence du collectif sera telle qu’elle inspirera le label américain Projekt Records à signer une majorité de groupes éthérés.

« It’ll End In Tears » de This Mortal Coil

Au début des années 80, Peter Murphy de Bauhaus donne une cassette avec de mytérieuses voix des pays de l’Est à Ivo qui tombe sous le charme de leur chant : Le Mystère des Voix Bulgares que l’ethnomusicologue Marcel Cellier avait signé sur son label en 1975. Ivo est fasciné par leur mélopée utilisant des quarts de tons considérés comme faux qui insufflent une dimension singulière au chant dont la scène folk – Kate Bush en tête – va s’imprégner. Désireux d’explorer des sonorités peu considérées en Occident, 4AD s’empare de l’exotisme avant-gardiste qu’incarne Le Mystère des Voix Bulgares et ressort le disque en 1986. Le collectif connait un succès retentissant au Etats-Unis comme en Europe de l’Ouest. Il ne fait aucun doute que la mystérieuse chorale est l’une des influences de Lisa Gerrard – qui enregistrera un album avec elle et il est probable que les Cocteau Twins s’en soient inspirés.

« Sunburst And Snowblind » de Cocteau Twins ou l’art d’illustrer des sonorités éthérées

En 1987, le label manque d’argent et cherche désespérément une manne financière qui l’aidera à renflouer ses caisses. Ivo réussit un coup d’éclat qui va remédier à la situation, grâce à la collaboration de deux groupes qu’à priori tout oppose : la musique électronique de Colourbox et le rock alternatif et noise d’A R Kane. De ce duo naît MARRS qui envahira les charts avec le single Pump Up The Volume, précurseur de la musique house et premier hit contenant des samples à entrer dans les tops britanniques. L’enregistrement de ce titre aura été des plus houleux car des dissensions règnent entre les deux groupes sur le plan artistique. Ils refusent de venir en studio en même temps, préférant oeuvrer chacun de leur côté, mais au terme de cette aventure les attend un tube qui va enflammer les discothèques aux quatre coins du globe. Le label survient à ses besoins et Pump Up The Volume est le seul titre de house que 4AD ait jamais enregistré, Ivo préférant continuer de déployer les univers musicaux fidèles à ses obsessions.

« Pump Up The Volume » s’est hissé en tête des charts anglais pendant des semaines
Colourbox

Si, dans les années 80, c’est Londres qui domine l’industrie musicale, elle perd son hégémonie au début des années 90 au profit des Etats-Unis. Ivo ouvre alors un bureau de 4AD à Los Angeles. Il déniche des pointures américaines majeures telles que His Name Is Alive et sa dream pop expérimentale ou encore la folk de Red House Painters qui emplit les stades grâce à la figure iconique de Mark Kozelek. Grâce à ces groupes, 4AD entretient la filiation avec les sonorités éthérées qui font sa marque de fabrique auprès des auditeurs du label mais pressentant l’avènement du grunge, il s’aventure vers des sonorités plus dures. Ivo découvre et signe Throwing Muses, The Pixies ou encore The Breeders qui font une entrée fracassante dans les années 90 avec un rock brut, dont le mot d’ordre est la fièvre. Face à l’effervescence de guitares saturées, il créé un sous-label dédiée au rock underground intitulé Guernica qui produira quelques groupes mais ne perdurera pas.

Spooky de Lush. En pleine époque shoegaze, les artworks de v23 se distinguent grâce à leur singulière finesse.

En 1990, les Cocteau Twins signent leur dernier album chez 4AD Heaven Or Las Vegas avant de se séparer de l’écurie. Ivo a évolué en même temps que ses artistes fétiches et leur perte conservera probablement pour lui un goût amer. Cette séparation n’est peut-être pas sans lien avec son départ du label quelques années plus tard. Bien que les Cocteau avaient préfiguré le shoegaze avec « Musette and Drums », en s’exilant aux Etats-Unis, Ivo n’a pas su se saisir de la vague émergeant au Royaume-Uni, composée de My Bloody Valentine, Ride ou Slowdive signés chez Creation Records. Il prend sous son aile Swallow et Heidi Berry –son groupe Felt était signé chez Creation, et les membres de My Bloody Valentine viennent chez 4AD pour fonder Mojave 3, créant ainsi une porosité entre les deux labels mais cela ne suffira pas à orner le label de son blason des débuts. Au milieu des années 90, le monde de la musique évolue grâce aux possibilités technologiques offertes par le logiciel ProTools, la musique électronique supplante peu à peu l’industrie et Ivo, n’ayant jamais juré que par ses goûts, jette l’éponge.

His Name Is Alive,
« Home Is In Your Head » de His Name Is Alive, 1991.

Il revend 4AD à Beggars Banquets en 1999, parvenant difficilement à dénicher des artistes dignes de le faire vibrer, et écoeuré par une scène musicale à l’intérieur de laquelle il ne se reconnaît plus, il abandonne l’aventure et part vivre dans le désert du Nouveau-Mexique. Le départ de la figure légendaire d’Ivo opèrera un tournant pour le label qui, à l’aube du vingt-et-unième siècle, ne pourra égaler la révolution musicale accomplie dans les 80’s et les 90’s.

Néanmoins, 4AD existe toujours aujourd’hui et produit des musiciens éclectiques, comme Bon Iver, Daughter, ou encore Holly Herndon qui compose avec une intelligence artificielle. En quarante ans d’existence, l’écurie a toujours su rester audacieuse en respectant sa gageure en matière d’excellence. Elle reste, aujourd’hui encore, un modèle pour de nombreux labels indépendants. C’est pourquoi dans les prochaines semaines seront publiées des chroniques des artistes emblématiques de 4AD.

Vidéos réalisées pour la compilation « Lonely Is An Eyesore » en 1987

https://4ad.com/

L’esprit poète de Lidwine de Royer Dupré

Après deux ans d’absence, Lidwine de Royer Dupré nous a accordé un entretien sur son EP Nocturne qui sortira le 20 juin et sa métamorphose musicale, sous le signe de la poésie, de la sorcellerie et de la nuit!

La chanteuse suivie depuis ses débuts par un public fidèle avait annoncé que son album ALIVE sorti en 2017, qui proposait des morceaux de ses précédents opus réarrangés, serait son dernier. Toujours aussi pointilleuse, Lidwine s’est attelée à la réalisation de Nocturne en solitaire, et s’est confiée sur la découverte d’un livre sur la Normandie, où elle s’est installée depuis plusieurs années, qui a bouleversé son processus de création. Pour cet opus, elle a abandonné la harpe au profit de sonorités életroniques, délivrant des chansons en français au concentré poétique. Comment Lidwine de Royer Dupré a-t-elle élaboré ce cheminement ?

Dans votre nouvel EP Nocturne, vous chantez pour la première fois en français. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
C’est la lecture du livre La Normandie romanesque et merveilleuse : traditions, légendes et superstitions populaires de cette province d’Amélie Bosquet qui m’a inspiré ces chansons. Ça n’avait pas de sens pour moi de faire l’album en anglais car le livre est écrit en français et fait référence aux légendes normandes. Il y avait une correspondance, une logique à écrire en français. Auparavant, je chantais en anglais pour raconter des histoires personnelles et ça n’est pas le cas de Nocturne.

Comment l’idée singulière vous est-elle venue de créer un album à partir de cet essai ?
J’ai été emportée par la lecture de ce livre et le reste s’est fait naturellement. Cet ouvrage aborde des légendes variées et j’ai fait une sélection en fonction de celles qui, personnellement, m’intéressaient. J’y ai beaucoup travaillé.

En écoutant « Chasse Proserpine » on perçoit votre intérêt pour la sorcellerie et le féminisme, pouvez-vous nous en parler ?
Il me tenait à cœur d’entretenir ce lien et de défendre cette cause. La force féminine est rattachée à la puissance de la terre, de la nature et c’est un élément qui transparaît dans l’oeuvre d’Amélie Bosquet. Cette écrivaine est une contemporaine de Flaubert, une femme comme George Sand, et au long du livre elle rappelle que l’Église a exterminé les forces païennes et que la religion a restreint la liberté des femmes.

Dans Nocturne, ces références à la répression des femmes sont accentuées grâce à la dimension organique qu’il y a dans vos textes, tout particulièrement lorsque l’on écoute « Fée » dont le pouvoir d’évocation des mots est puissant.
C’est amusant que vous parliez de « Fée » parce que je me souviens très bien comment cette chanson est née : j’ai trouvé les paroles en marchant dans ce que l’on appelle les « chasses », qui sont des chemins en Normandie. J’ai conçu cette chanson comme une poésie car les paroles sont des vers pour moi et le texte s’est posé sur la musique à la manière d’un poème.

Y a-t-il un ordre précis pour écouter votre EP ?
Pour moi il a un ordre car je l’ai composé en fil continu avec ce que l’on appelle du « field recording » : des enregistrements de bruits naturels. Je l’ai conçu comme une balade nocturne où l’on peut rencontrer différents personnages juste avant « Aube », titre du dernier morceau. Mais pour autant chacun est libre d’écouter les morceaux dans l’ordre qu’il désire, je ne veux pas dicter une écoute ! Ce qui est intéressant dans la musique et dans une oeuvre en général, c’est la manière dont chacun se l’approprie.

Vous semblez focalisée sur la tombée du jour…
Je suis attachée au côté nocturne parce qu’il est incorporé aux animaux de mauvaise réputation, les chats errants, les hiboux, que l’on associe à la sorcellerie. Initialement, je voulais appeler mon album « Nocturnes » au pluriel pour englober cette multitude d’êtres, ces animaux qui vivent la nuit. Au-delà de ça, la nuit, nos pensées sont différentes, nous concevons le monde sous un autre angle, et c’est à ce moment-là que se déroule le sabbat des sorcières.

Justement, de sorcellerie, l’esthétique de « Chasse Proserpine » en est imprégnée, quelles ont été vos influences ?
C’est essentiellement la lecture qui a pu m’aiguiller. Dans la bibliothèque où je vais, il y a un fonds régional où j’ai pu me renseigner sur les procès de sorcellerie qui ont eu lieu au niveau local. J’avais annoncé que j’arrêtais la musique parce que je pensais n’avoir plus rien à dire mais en travaillant sur ce projet, je me dirigeais vers une voie inédite, alors j’ai réalisé le projet tout seule. Habituellement ça n’est pas moi qui m’occupe du mixage, je suis devenue plus autonome et j’ai marqué ce changement en ajoutant en extension à mon prénom Lidwine mon nom de famille. J’ai envie d’adopter la même approche pour travailler sur tous mes autres projets à venir et je me sens moins dépendante techniquement. Je pense que sera plus lo-fi, moins propre, mais c’est ce qui me convient de pouvoir créer en y prenant du plaisir.

Et la harpe dans tout ça ?
J’ai abandonné la harpe pour cet album, et j’ai tout réalisé avec mon ordinateur. La seule source accoustique provient des bruits naturels que l’on peut entendre. J’ai par exemple enregistré les sons de mes chats en train de se bagarrer. L’ambiance dont je suis la plus fière est celle du morceau « Esprit Tempête », que je vous conseille d’écouter au casque pour mieux entendre la pluie et l’orage. Le but était de donner une impression physique. Le travail effectué en solitaire pour cet enregistrement m’a permis d’évacuer le stress qu’il me procure habituellement.

Sur cet album, vous alliez un lyrisme intimiste à votre puissance vocale, avez-vous envisagé de faire des concerts ?
Je trouve l’exercice de la scène trop stressant donc je ne ferai pas de concerts. Transposer l’atmosphère de l’album sur les planches serait trop onéreux. C’est une libération car j’ai envie de me consacrer à la production. Tout ce qui me plaît, c’est de créer, composer et mixer en solitaire.

Pour annoncer le EP, vous avez publié des vidéos très courtes de paysages plongés dans la pénombre, avez-vous prévu de tourner d’autres clips ?
Les vidéos sur Facebook sont des teasers pour prévenir les gens qui écoutaient déjà ma musique que j’allais composer quelque chose de totalement différent. Je pense réaliser deux autres clips dans l’esprit de ceux qu’on peut déjà voir sur Youtube avec des images se mouvant un peu comme dans un tableau. Dans l’idéal, j’aimerais qu’il y ait une vidéo pour chaque chanson mais cela dépendra du temps dont je disposerai.

http://www.lidwine.com/

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Rites et Sacrifices III à La Sainte Dynamo

Pour cette troisième édition, Rites et Sacrifices a invité Lisieux, La Mandorle, Machine est mon coeur et Orbel à La Sainte Dynamo lors d’un concert dédié aux croisements entre passé et présent dans les musiques sombres.

Lisieux

En réunissant des groupes éthérés inspirés par l’underground gothique des années 80, l’association toulousaine proposait de « faire le pont entre musiques anciennes et sonorités actuelles », mais la porosité entre les deux est-elle réelle ? Le samedi 1er juin, j’ai pu assister au concert à La Sainte Dynamo, afin de voir ce qu’il en était.

La Mandorle

Chaque formation se nourrit du passé et le distille par touches dans ses compositions. La chorale médiévale La Mandorle sort de l’ombre des chants écclésiastiques tels que les kyries grégoriens en les reprenant a capella. Le trio toulousain Lisieux est lui aussi plongé dans un imaginaire lithurgique au travers de paroles abordant l’oppression religieuse, le déisme. Sa néofolk aux allures de messe noire puise ses racines chez Death In June et sera signée chez le label organisant leurs concerts français : Steelwork Maschine. La dark-wave de Machine est mon coeur emprunte aux débuts de la musique électronique en réalisant des collages de bandes magnétiques, et a recours à des synthétiseurs analogiques dont la densité brumeuse confère à l’ambient. Si les influences de nos musiciens sont légion, édifient-elles pour autant une passerelle vers l’époque actuelle ?

Machine est mon coeur

Passionné de science-fiction, Machine est mon coeur dépeint dans « I Had a Dream » un monde désertique où l’homme serait débarrassé des affres de l’hyperconsommation. Le duo a conçu Dystopium – album né d’une fusion entre dystopie et opium – pour des rêveurs pressés de s’échapper de la réalité. Les voix shoegaze des chanteuses d’Orbel se fondent dans des arrangements post-rock, cinématographiques et inquiétants, répondant au nom de « doom pop ». Enfin, l’originalité de La Mandorle est d’ouvrir le monde actuel sur des musiques réduites à l’oubli, en leur redonnant vie dans un bar contrastant avec leur religiosité originelle, et entraîne le public dans une communion dépaysante.

Beyond There, premier EP d’Orbel

L’impression qui résulte de cette nuit est que la jonction des sonorités a bien fonctionné, grâce au pouvoir introspectif de cette musique mélancolique. Loin de se circonscrire dans une période datée, elle relève de l’intemporel. Est-ce la naissance d’un nouveau genre ?

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Les pérégrinations sylvestres de Gofannon

Craft, le nouvel album de Gofannon, tisse des narrations sonores où la nature se fait démiurge, magnifiée par une folk bucolique sur laquelle l’ombre du metal scandinave plane.

L’apprenti forgeron Samuel Méric a passé son enfance dans le petit village d’Auribail en Haute-Garonne, où il s’est imprégné d’une campagne sauvage qui lui a permis de créer un univers musical différent. Fasciné par Tolkien, il chante en français, anglais, suédois et en occitan dans lequel il puise des chants traditionnels. En 2016, il créé en solo Gofannon, un projet de folk pagan et sort son premier EP Prosodie. Les musiciens Rodolphe Johansson au violoncelle, Edouard Golfier aux percussions et Sarg Mercadier à la guitare (également chanteur d’Eydolon, formation réarrangeant des textes occitans avec des sonorités electro sombres) le rejoignent en 2018 pour enregistrer Craft qui sort le 24 mai chez Active Records au format numérique. Une version physique est prévue pour juillet chez Non Posse Mori Records, label français créé cette année et dédié au black metal, au neo folk ou encore à la musique médiévale.

Dans la mythologie celtique, Gofannon est le dieu des forgerons et les musiciens, passionnés d’histoire, colorent leurs textes de références traversant les âges afin de délivrer « une vision d’aujourd’hui des temps anciens et oubliés ». Les toulousains donnent un second souffle au folklore occitan en reprenant sur l’album deux chants traditionnels qui font honneur à la musicalité du patois. La chanson « Las fialairas / Herr mannelig » date du seizième siècle et raconte l’histoire de trois soeurs fileuses qui s’appliquent à la tâche toute la journée et est considérée comme un chant de travail entonné par les hommes pour se donner du courage lors des veillées.

Les compositions originales de Craft invitent l’auditeur à sillonner des plaines et des montagnes en l’immergeant dans ses narrations sonores aux multiples dédales. C’est un véritable pélerinage que suggèrent les morceaux  » Escornboeuf » ou « Alaric », que la vielle à roue, le bol tibétain ou la guimbarde imprègnent d’une atmosphère sylvestre, transposée visuellement dans le clip « L’animal » dévoilé le 22 mai.

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Lidwine de Royer Dupré « Chasse Proserpine »

Alors qu’elle avait annoncé qu’elle arrêtait la musique et qu’elle ne sortirait plus d’album, Lidwine de Royer Dupré revient avec un clip inattendu où sorcellerie et féminisme s’intriquent !

Quelle n’est pas notre surprise de découvrir un nouveau morceau de la chanteuse, alors qu’elle avait déclaré officiellement dans un communiqué que son album Alive, paru en 2017, serait le dernier! En effet, la multi-instrumentiste autodidacte prépare un EP qui sortira le 20 juin prochain intitulé Nocturne, où elle chante pour la première fois en français. Avec son titre inédit « Chasse Proserpine », le paysage sonore de Lidwine de Royer Dupré prend un tournant plus dark, où la folk céleste est laissée de côté au profit d’arrangements électro pesants.

La vidéo de « Chasse Proserpine » dévoile un monde mystique qui lui a été insufflé par la lecture de l’essai La Normandie romanesque et merveilleuse : traditions, légendes et superstitions populaires de cette province écrit par Amélie Bosquet. Les images en négatif peuplées d’ombres chimériques plongent le film dans l’abstraction, où défile une femme décoiffée, vêtue d’un long drapé blanc, se livrant à une danse rituelle qui possède toutes les caractéristiques d’un sabbat de sorcières. L’esthétique occulte de la vidéo transportera votre imaginaire dans les contrées chères au dessinateur et sculpteur Bill Crisafi, se nourrissant du folklore de la ville de Salem.

Plant Magic par le dessinateur Bill Crisafi.

En effet, lorsque la voix envoûtante de Lidwine nous assène de son phrasé lancinant – bien que se référant probablement à Proserpine, la déesse des saisons et de la chasse – c’est pour symboliser l’oppression dont ont été victimes les femmes pendant l’Inquisition et délivrer un message profondément féministe. Ainsi les paroles, toujours d’actualité, résonnent comme un hymne : « jamais la paix ne revient », « je suis la rugissante de vos nuits ». Lidwine nous transporte dans un monde habité de créatures légendaires et nocturnes prêtes à se fondre dans la réalité, qui raviront les fans de Chelsea Wolfe.

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http://www.lidwine.com/

https://www.youtube.com/user/LidwineMusicChannel

Low – Double Negative Triptych – « Quorum », « Dancing and Blood » and « Fly »

Low

C’est vers la fin des années 1960, que Michael Heizer, artiste du Land Art a quitté New York pour les déserts de la Californie et du Nevada où il a commencé à produire à large échelle des travaux gigantesques qui pourraient être vus de la Lune. Une de ses œuvres les plus célèbres est le Double Negative, une sculpture négative composée de deux entailles dans le désert du Nevada, une longue tranchée dans la terre, large de 13m, profonde de 15m et longue de 457m. Sa construction dura de 1969 à 1970 et résulte du déplacement de 244 800 tonnes de roches. Le «négatif» du titre de l’œuvre fait référence à la fois à l’espace négatif naturel et à l’artificiel.

Double Négative Michael Heizer
Double Négative Michael Heizer

L’œuvre consiste essentiellement dans ce qui n’est pas présent, dans ce qui a été déplacé. Et ce n’est pas anodin si Low groupe américain originaire de Duluth (Minnesota) actif depuis les années 90 et créateurs d’une musique singulière égrenée le long de plus de 11 albums emprunte au géant de pierre le titre de leur prochain album à paraître le 14 septembre 2018 et pour lequel 3 titres enchaînés sur une vidéo viennent de sortir. Ones and Sixes, le dernier album nous avait laissé sur les rivages lents et violents d’une beauté à couper le souffle, sublimé par BJ Burton dans les studios Eau Claire de Bon Iver. Aujourd’hui Low délivre 3 titres « Quorum », « Dancing and Blodd » and « Fly », issus du prochain album, un slowcore revisité en clair obscur alternant instants de clartés et de ténèbres, musique bruitiste et moments de lumière.

Michael Heizer avec Double Negative, a marqué les années 60 et 70 avec son univers brutal et ses monuments au gigantesque absolu, aujourd’hui Low semble entrer une fois de plus dans la légende de la musique.

A écouter attentivement, de multiple fois. Triple Etoiles.