Cocteau Twins, démiurges de l’introspection

Cocteau Twins, groupe phare de 4AD, bouleverse le monde de la musique en influençant la dream pop et le shoegaze. Le dyptique Tiny Dynamine/Echoes In A Shallow Bay constitue un cheminement dans leur discographie vers une texture ultra vaporeuse.

Les musiciens grandissent à Grangemouth, une ville ouvrière d’Ecosse. Fascinés par le punk, Elizabeth Frazer et Robin Guthrie se rencontrent dans une discothèque où le futur guitariste passe ses disques préférés. Ils deviennent amants puis fondent le groupe en 1979. Lors d’un concert de The Birthday Party, ils font connaissance avec le batteur qui leur donne l’adresse de 4AD. Ils envoient des démos à Ivo Watts Russel qui les invite à Londres pour jouer et, sidéré par la voix de soprano de Liz, il signe les Cocteau Twins qui deviennent la coqueluche du label.

« Tiny Dynamine »

En 1982, avec l’album Garlands, le public découvre une formation à la signature inimitable. Ce premier opus naît au moment où la scène gothique se forme avec le club The Batcave à Londres mais la proximité avec le mouvement est minime, tant les sonorités créées par Cocteau Twins sortent de l’ordinaire. Le groupe évolue vite et dans ses expérimentations soniques, il s’avèrera constamment précurseur. Leur musique introspective donne naissance à la dream pop et l’ethereal wave qui seront popularisées par le collectif de 4AD This Mortal Coil dans lequel ils jouent.

« Echoes In A Shallow Bay »

Les boucles chaotiques des instruments et le chant tribal de Garlands se muent en nappes atmosphériques préfigurant le shoegaze en 1983 grâce au morceau « Musette and Drums » sur Head Over Heels, où Robin se sert de la saturation afin de dissumuler ses lacunes à la guitare, sans penser un instant qu’il donnera naissance à un genre inédit. Elizabeth, considérée comme l’une des plus belles voix du monde, chante en glossolalies, inventant une langue à l’onirisme mystérieux. Après le départ du bassiste Will Hegie, Simon Raymonde rejoint la bande à partir de 1984 pour l’album Treasure et restera dans le groupe jusqu’à sa dissolution. Les Cocteau sont très prolixes pendant les années 80 et sortiront des albums presque tous les ans. Tiny Dynamine et Echoes In A Shallow Bay sont deux EP transitionnels dans la carrière des musiciens.

EP « Love’s Easy Tears » 1986

Le 1er novembre 1985 sortent ces EP miroirs, à écouter l’un à la suite de l’autre et à considérer comme les morceaux d’un seul album. En plus d’être dévoilés simultanément, ils possèdent un artwork similaire, telles deux pièces d’un puzzle. Tiny Dynamine et Echoes In A Shallow Bay sont issus d’une même session d’enregistrement au Guerilla Studio à Londres, et le diptyque est réuni dans un disque le 15 novembre de la même année. Les EP de Cocteau Twins font souvent office de transition entre les albums et ceux-ci n’échappent pas à la règle, à la croisée de Treasure, adoubé par le public, et de Victorialand, s’insinuant dans une texture ambient, abolissant la frontière entre couplet et refrain. Tiny Dynamine / Echoes In A Shallow Bay est une plongée dans des nappes encore plus planantes qu’à l’accoutumée, sillonnant un terrain psychédélique comme embrumé par la fumée de cigarette. L’instrumental « Ribbed And Veined » poussant l’auditeur aux confins de l’onirisme, pourrait figurer dans la B.O de Twin Peaks. Le chant d’Elizabeth, excellant dans les trilles sur « Melonella » et les choeurs polyphoniques de « Sultitan Itan » – spécialité qu’elle déploie depuis Head Over Heels – regorge d’une maîtrise, d’une originalité si époustouflantes que l’oreille ne peut s’y habituer. La musique de Cocteau Twins met à mal l’entendement, conjure toute exégèse pour s’en remettre à une émotion brute, pure qui ne peut que laisser pantois.

« The Moon And The Melodies »

En 1986, le groupe collabore avec le pianiste ambient Harold Budd sur l’opus The Moon And The Melodies. Ils signent avec Capitol en 1988 pour distribuer leurs disques en Amérique et ils quittent 4AD en 1990 après avoir sorti Heaven Or Las Vegas. Ils composeront deux albums plus pop au cours des années 90 qui n’accèdent pas à la consécration escomptée. La relation de Robin et Elizabeth s’achève, le groupe splitte. Au sortir d’une aventure si intense, ils ne se reformeront jamais mais poursuivent la musique chacun de leur côté. Liz a acquis une renommée mondiale en chantant pour Massive Attack, Simon fonde le label Bella Union et produisent de nombreux artistes tels que Beach House et Explosions in the Sky.

« Blue Bell Knoll », 1988

Siouxsie and the Banshees : 7 titres qui ont influencé les 80’s !

Siouxie and the Banshees
Le 27 Mai dernier Siouxsie Sioux, chanteuse du célèbre groupe anglais Siouxie and the Banshees (qui vécu un temps dans le Sud Ouest de la France) a célébré son 60ème anniversaire ! C’est l’occasion parfaite de rendre hommage à un des groupes de Post Punk les plus célébrés de la terre, en vous faisant découvrir 7 titres emblématiques des 80’s sans lesquels la face du monde de la musique d’aujourd’hui serait vraiment différente. 1 ) HONK KONG GARDEN – 18 Août 1978 Classée directement n°7 dans les charts anglais et produite par Steve Lillywhite (Peter Gabriel, Rolling Stones ou encore Morrissey), la chanson s’inspire d’événements racistes impliquant des skinheads contre la communauté chinoise de Chinatown.

En raison de son côté plus « mainstream » que les autres titres issus des groupes de musique Punk de l’époque, Honk Kong Garden donne naissance au terme de « Post Punk », employé par la presse anglaise pour cataloguer ce nouveau genre musical à mi chemin entre la pop et le punk et ainsi définir la musique produite par des groupes comme Wire ou Joy Division. Siouxsie and the Banshees s’est rendu célèbre quelques moi auparavant en 1977 en enregistrant pour la BBC, deux « Peel Sessions » très remarquées alors même que le groupe n’est pas encore signé sur une maison de disque.

2) HAPPY HOUSE –  30 Mars 1980

Issu du troisième album studio  intitulé « Kaleidoscope », le titre dénonce les abus de la société de consommation. Budgie, batteur et compagnon de Siouxsie Sioux apporte au titre une rythmique unique et réinvente un son qui préfigure ce que sera la Cold Wave notamment grâce aux guitares de John McGeoch (Magazine, Visage, Public Image Limited). Dans le clip promo, Siouxie Sioux apparaît les yeux charbonneux soulignés de Khol et habillée d’un costume d’Arlequin rose et noir qui semble s’intégrer au sol de la maison dont la géométrie impossible fait penser aux motifs du peintre néerlandais M.C. Escher et renforce l’idée d’une situation illogique. Les jeunes filles de l’époque s’emparent du look de Siouxsie Sioux et ce style vestimentaire va envahir les rues de Londres et les magazines de mode tels que Vogue.

3) CHRISTINE – 30 Mai 1980

Continuant d’inventer les 80s en créant la plus belle des histoires de la musique anglaise et du féminisme dans la musique, elle revient avec un titre sur les personnalités multiples qui raconte l’histoire de Christine, une fille au 22 visages. Une chanson inspirée de l’histoire vraie de Chris Costner Sizemore, une américaine schizophrène dont l’histoire avait été relatée dans différents livres à succès à la fin des années 70. En ajoutant un Flanger M117R sur ses guitares, John McGeoch continue de parfaire l’identité musicale du groupe ainsi que sa renommée. Celui-ci quittera le groupe en 1982. A noter qu’il existe une reprise de Christine par les Red Hot Chili Peppers jouée en 2001 pendant le V2001 festival et une autre par Simple Minds sortie sur une compilation en 2009.

4) ISRAEL –  28 Novembre 1980

En 1980, Polydor décide de sortir un single non issu d’un album, et ce qui semble comme un suicide commercial va devenir un hymne et consacrer le groupe définitivement comme le fervent défenseur d’une musique sombre et mystique du début des années 80. En live, Siouxsie habillée et maquillée à l’égyptienne, emprunte les images du peintre Klimt pour parfaire son style. Elle électrise le public qui saute et scande avec elle « Israel… in Israel ». Comme Bowie avant elle, Siouxsie Sioux va emprunter aux arts visuels et à la peinture, son maquillage romantique, ses tenues vestimentaires années 30 et définir un style unique et reconnaissable qui survit toujours aujourd’hui au travers des groupes et des fans de musique gothique. Cette chanson consacre définitivement l’icône « pop » et la déesse d’un monde sombre. 5) SLOWDIVE – 1er Octobre 1982 Premier single issu du cinquième album studio « A kiss In The Dream House ». Le groupe incorpore pour la première fois de son histoire des arrangements de cordes sur plusieurs titres, et des sessions sont enregistrées aux mythiques studios londonien Abbey Road. Ce sera le dernier album enregistré avec le guitariste McGeoch et définitivement, l’album le plus « arty » de ce début des années 80. Enrichi de nombreux effets sur les parties vocales, et enluminé d’instruments plus classiques comme des cloches ou de l’orgue, cet album va définir un son et une démarche artistique que des labels indépendants comme 4AD vont s’accaparer.  Ce n’est pas innocent si le titre de cette chanson deviendra bien des années plus tard le nom d’un des groupes fondateurs du shoegazing…

6) DEAR PRUDENCE – 1984

QUIZZ : Sauras-tu retrouver qui se cache dans cette reprise des Beatles, issue de l’album Hyæna (version 2009) entièrement composé avec cet invité de marque ? (Réponse à la fin de cet article)

7) CITIES IN DUST – 18 Octobre 1985

Il s’agit du premier single extrait de l’abum « Tinderbox ». Ce titre renoue avec l’urgence et la musique Post Punk des débuts du groupe mais il va aussi marquer la fin d’une période et du son de la première moitié des 80s. En décrivant la fin de la cité de Pompei, sans le savoir, Siouxsie décrit la fin de l’âge d’or de la musique Post Punk. Derrière elle, les Cocteau Twins ou encore Dead Can Dance, propulsés par l’excellent label indépendant 4AD, sont allés bien plus loin dans la recherche d’une esthétique radicale et ont ainsi acquis le statut de demi-dieux d’une « Pop Arty ». Ils vont détrôner la déesse dans le cœur des amateurs qui va plutôt s’attacher, après 1985, à rendre populaire sa musique en la rendant plus accessible. Entre temps le poulain de Siouxsie Sioux, Robert Smith, son double masculin maquillé et coiffé comme elle, a conquis le cœur de l’Europe entière avec The Cure ….

Réponse au QUIZZ: Après avoir assuré l’intérim pendant quelques mois en 1979, Robert Smith prend une nouvelle fois le relais et devient à son tour le guitariste officiel des Banshees de 1982 à 1984. Il enregistre avec eux le single Dear Prudence, une reprise des Beatles qui sort en 1984 aux Etats-Unis et se classe rapidement dans les charts et compose avec Budgie et Siouxsie Sioux l’album « Hyæna »