Les royaumes célestes de Dead Can Dance

A l’époque où la new wave triomphe et dessine les contours d’une musique industrielle, Dead Can Dance fait ressurgir du passé des sonorités lithurgiques et bouleverse les années 80 grâce à son univers mystique.

Dead Can Dance naît de la rencontre entre Lisa Gerrard et Brendan Perry à Melbourne. Elle suit une formation en chant lyrique et grandit dans un quartier brassé par le métissage culturel, entrant en contact avec la musique turque ou grecque. Sur scène, elle ne se sépare jamais de son yangqin, un instrument traditionnel chinois de la famille des cithares. Brendan Parry vit entre Londres et la Nouvelle-Zélande, il se passionne pour le punk et devient le chanteur des Scavangers. Nourri d’influences post-modernes comme Arvo Pärt, il désire élargir ses expérimentations vers d’autres horizons et fonde Dead Can Dance avec quelques amis. Un soir, il rencontre Lisa à la sortie d’un club où il joue, et ce moment signe le début d’une longue histoire (amoureuse et musicale). Assistant d’abord aux répétitions du groupe en tant que spectatrice, Lisa Gerrard essaie un jour de mêler sa voix de contralto à la musique de Dead Can Dance, et les membres sont conquis. Dès lors, elle devient un pilier du groupe au même titre que Brendan Perry, et ses influences médiévales instillent un savoureux mélange de sonorités anciennes et modernes qui façonnent la signature de la bande.

Arvo Pärt a beaucoup influencé Brendan Perry.

En 1982, le groupe déménage à Londres dans l’espoir de remporter un succès plus franc auprès du public anglais, plus habitué aux sonorités arty que le public australien. Les musiciens enregistrent quelques démos qu’ils envoient à des maisons de disques, et l’oreille affûtée d’Ivo Watts-Russel y prête attention. En 1983, il propose à Dead Can Dance de jouer en première partie de Xmal Deutschland et très satisfait de leur prestation, il les signe.

« Dead Can Dance », 1984

 Les morts peuvent danser. C’est la signification que Brendan Perry donne à son groupe en s’inspirant d’un masque aborigène ayant le pouvoir de rendre vivantes les choses inanimées. Dans son nom, Dead Can Dance porte presque un dessein, celui de créer un monde nouveau, en brouillant les frontières entre ceux déjà existants et ceux que l’on imagine. Lisa Gerrard le parachève en inventant une langue, un chant en glossolalies qui l’accompagne depuis l’enfance. En s’extrayant du poids des mots, la chanteuse se libère de la cage de verre qu’est le langage et s’exprime grâce à la voie la plus intense : celle de l’émotion brute. Mais la singularité du groupe ne tient pas qu’à ces deux éléments. Forts d’un éclectisme complémentaire, Perry et Gerrard mêlent à leur goût pour la cold wave des sonorités liturgiques ou orientales entourant leurs concerts d’une aura mystique. Et le public d’alors, plus habitué aux morceaux punks de trois minutes s’empressant de conjurer le futur qu’aux incursions dans un passé revisité est subjugué par cette musique chamanique, à la fois classique et tribale, mais au sein de laquelle une communauté fidèle au rock se retrouve.

« Spleen And Ideal », 1985

En 1984 sort le premier opus sobrement intitulé Dead Can Dance qui, malgré un succès confidentiel, permet aux musiciens de passer plus de temps en studio car Ivo, conscient de posséder dans son écurie des prodiges, les confie au producteur John A.Rivers (actif au sein de Beggars Banquet). En 1986, l’album baudelairien Spleen And Ideal commence à délaisser petit à petit le rock car Perry, fervent amateur de musique classique et post moderne incorpore à ses compositions du violoncelle et des timbales. Ce disque est considéré par de nombreux fans comme le premier d’un triptyque formé avec Within The Realm Of A Dying Sun et The Serpent’s EggWithin The Realm Of A Dying Sun, album primordial dans la discographie des Australiens, paraît en 1987. C’est l’oeuvre où le groupe abandonne totalement le rock, où les guitares figurent aux abonnés absents. Dead Can Dance fait la part belle aux cordes et aux cuivres où trompettes, hautbois et violons sont légion. L’une des particularités de l’album est que les titres chantés par Perry et Gerrard sont nettement distingués : il ouvre le bal avec l’hypnotique « Anywhere Out Of The World », elle le clôt sur le lithurgique « Persephone (Gathering Of The Flowers) ». La pochette dévoile la pleureuse installée sur la tombe de Raspail au Père-Lachaise et épouse l’atmosphère sombre émanant d’un disque comme descendu des cieux, célébrant une intemporelle messe.

« Within The Realm Of A Dying Sun », 1987

Au cours des années 90, Dead Can Dance enregistre des albums aux tonalités de plus en plus baroques, et explore les musiques du mondes chères à Lisa Gerrard. Le groupe se sépare en 1998 pendant l’enregistrement d’un nouvel album en raison de divergences artistiques trop prononcées. Les deux membres poursuivent chacun de leur côté des collaborations entamées pendant leur carrière avec le compositeur de musique de films Hans Zimmer ou Les Mystérieuses Voix Bulgares avec lesquelles Gerrard enregistre et tourne.

« The Serpent’s Egg », 1988

En 2008, 4AD réédite et remastérise l’ensemble des albums de Dead Can Dance qui, pendant l’âge d’or du label, essuie quelques rivalités avec les protégés d’Ivo : les Cocteau Twins. Les deux groupes aux chanteuses hors du commun participent au projet This Mortal Coil mais Lisa Gerrard n’accepte pas qu’il offre plus de visibilité à Elizabeth Frazer. Néanmoins, à la différence des Cocteau Twins qui se séparent définitivement à la fin des années 90, Dead Can Dance se reforme en 2012 et sort en 2018 l’opus Dionysus avant d’entamer une tournée en 2019 qui attire toujours autant le public. 

Le rock déstructuré de Throwing Muses

Throwing Muses est le premier groupe américain a être signé chez 4AD. Leur premier opus établit les fondations du rock alternatif avant que le genre n’explose dans les années 90.

Les demi-soeurs Kristin Hersh et Tanya Donelly, musiciennes depuis leur prime enfance, créent en 1983 les Throwing Muses à Boston, alors qu’elles sortent à peine de l’adolescence. Elles enregistrent une demo sur leur propre label Blowing Fuses, effectuent quelques concerts et sont repérées par le producteur Gary Smith de Fort Apache Studios qui les présente à Ivo Watts Russel. C’est la première formation américaine signée chez 4AD. L’opus Throwing Muses sort en 1987 et donne ses lettres de noblesse à un style qui n’existe pas encore : le rock alternatif.

« Throwing Muses »

Écouter les premières compositions du groupe bostonien, c’est s’abandonner dans le sillage d’une vague anarchique, un univers crissant qui n’a que faire de la structure traditionnelle d’une chanson. Peu adeptes de la combinaison couplets/refrains, les chanteuses s’amusent à allier tempos lents et rapides au cours d’un titre, sans qu’aucun élément ne permette d’anticiper cette escalade sonique. C’est à Kristin Hersh que l’on doit l’écriture des paroles, surfant entre inquiétante étrangeté et surréalisme. Enceinte et diagnostiquée bipolaire lors de la sortie de l’album comme elle le relate dans son autobiographie Rat Girl, la compositrice est habitée par l’écriture comme un spectre dont elle ne peut se soulager qu’après avoir créé. Cette obsession engendre des morceaux corrosifs, qui règlent son compte à une société gangrénée, la renvoyant vers ce qu’elle incarne : le chaos. Il suffit d’écouter la rage qui émane des arpèges discordants de « Vicky’s Box » ou la voix écorchée de « Hate My Way » pour s’assurer que la quiétude est un isthme lointain, peut-être même un mythe.

« Rat Girl », l’autobiographie de Kristin Hersh

Par la suite, Throwing Muses sortent de nombreux disques qui seront plus pop dès The Real Ramona en 1991. L’année suivante, Tanya Donelly quitte le groupe et forme Belly, pop-rock lumineux produit par 4AD. Si cette formation est aujourd’hui tombée dans l’oubli, ça n’est pas le cas de The Breeders, groupe phare du label, où elle joue aux côtés de Kim Deal des Pixies. Kristin Hersh crée à son tour 50 FOOT WAVE, un groupe à l’énergie punk qui restera confidentiel. Les Throwing Muses se séparent en 1997, Hersh et Donelly se consacrent à leur carrière solo mais restent chez 4AD. En 2003, le groupe sort un huitième album et participe à quelques tournées, mais il n’accédera jamais à une renommée semblable à celle de The Breeders.

Clan Of Xymox, ondulations clair-obscur

Clan Of Xymox a joué un rôle majeur dans l’émergence de la dark wave. Le groupe a sorti chez 4AD deux albums où le rock gothique se mue en danse mélancolique aux contours fantomatiques.

En 1981, sous l’impulsion de The Cure et de la new wave dansante de New Order, le néerlandais Ronny Moorings crée Clan Of Xymox – il est fasciné par le mot « zymotique » lié à la fermentation avec sa petite amie de l’époque Anka Wolbert à la basse et son colocataire Pieter Nooten aux claviers. Ils enregistrent une demo, Subsequent Pleasures, et Roony rencontre Dead Can Dance lors d’une virée au restaurant. Ils l’invitent à leur concert à Londres et, enchantés par les morceaux de la démo, proposent à Xymox de jouer en première partie de leur tournée. Ivo Watts Russel les répère et ils réaliseront Clan Of Xymox et Medusa chez 4AD.

« Medusa »

Le groupe a participé à la naissance de la dark wave, genre fluctuant hérité du post-punk créant une porosité entre les musiques électroniques, industrielles et le rock gothique – pourvu que l’atmosphère soit porteuse de mélancolie. L’animateur radio John Peel diffuse en boucle à la BBC « 7th Time » de Clan Of Xymox. Medusa, leur second opus chez 4AD, distille des sonorités mélodiques et charbonneuses sur lesquelles le corps ne demande qu’à se mouvoir de langueur. Des titres comme « Medusa » se répandent comme une traînée de poudre dans les clubs alternatifs : le spleen est devenu chorégraphie. « Michelle », « Louise », les prénoms féminins sont légion sur cet opus, célébrant les liaisons fanées et le romantisme orageux chantés par Mooring. Les instrumentaux des deux « Theme » et « Lorrentine » menés de main de maître par Pieter Nooten confèrent à la grâce d’un autre monde – sphérique ou souterrain, on ne saurait le définir… Le claviériste enregistre en solo un disque ambient dark Sleeps With The Fishes en 1987 avec le compositeur canadien Michael Brook. La même année, Xymox tourne le clip de « Muscoviet Musquito » pour la compilation Loneliness Is An Eyesore de 4AD aux côtés de Dead Can Dance et Cocteau Twins avant de se séparer du label.

« Sleep With The Fishes »

En 1989, le groupe signe chez Polygram et bénéficie d’une large distribution aux Etats-Unis. Clan Of Xymox se renomme Xymox – changement advenant à chaque fois que le groupe évolue et sort Twist Of Shadows puis Phoenix qui connaissent un franc succès outre-Atlantique. En 1991, le groupe s’essaye à composer des chansons plus électroniques, s’éloignant du champ de la dark wave et Anka, ne se reconnaissant plus dans ces sonorités, quitte le groupe. Xymox est toujours actif aujourd’hui et continue de sortir des albums, mais le seul membre restant de la formation originelle est Ronny Moorings.

The Wolfgang Press, le gang qui n’a pas bonne presse

The Wolfgang Press est l’un des trio les plus inventifs de 4AD, explorant un post-punk avant-gardiste flirtant sans frontière avec la soul, le flamenco ou les musiques industrielles.

Avant de fonder The Wolfgang Press, le chanteur et bassiste Michael Allen et le claviériste Mark Cox fondent Rema-Rema avec Marco Pirroni, (futur bassiste d’Adam & The Ants). Rema-Rema, c’est un post-punk expérimental, dans la veine de Throbbing Gristle, et le single Wheel In The Roses est un des premiers que sort Ivo alors que 4AD se nomme encore Axis Records. Le groupe se sépare peu de temps après et Marco Pirroni sera remplacé par Andrew Gray. Le trio fondera The Wolfgang Press et figurera parmi les formations les plus actives de 4AD de 1983 à 1995. Mélangeant les registres, il est si inclassable qu’il ne sera jamais acclamé à sa juste valeur par le public, et boudé par la presse.

Rema-Rema, « Wheel In The Roses »

En 1983, les Anglais enregistrent un premier album, Burden Of Mules, aux paroles irrévérencieuses dignes de The Birthday Party. L’un de ces titres, « Journalists », leur mettra par ailleurs une bonne partie de la presse à dos. Loin de céder aux tentatives d’intimidation, le trio est très productif et enregistre trois EP entre 1984 et 1985 : Scarecrow, Water et Sweatbox regroupés dans l’abum The Legendary Wolfgang Press And Other Tall Stories – à l’exception des titres « Muted » et « The Deep Briny ». La pochette tape à l’oeil d’inspiration fauviste jure avec les jaquettes éthérées habituelles de 4AD, et le son de notre gang n’en est pas moins criard. Robin Guthrie (Cocteau Twins) collabore avec eux sur cet album et le très soul « Respect » est gratifié des choeurs de Liz Fraser. Des morceaux fiévreux tels que « Fire-Eater » ou « Sweatbox » sont retravaillés et le résultat n’en est que plus tribal grâce aux percussions exotiques et aux synthés indus.

« The Legendary Wolfgang Press And Other Tall Stories »

Les membres de The Wolfgang Press jouent tous des claviers sur les enregistrements, en supplément des instruments dont ils jouent sur scène. Des musiciens additionnels les accompagnent sur les tournées pour pouvoir reproduire les sonorités si riches du studio. Hélas, en raison des difficultés à rassembler tous les musiciens en même temps, les concerts se font plus rares. Après le départ de Mark Cox en 1996, 4AD résilie leur contrat et de retour en Angleterre, ils essaient de trouver un autre label qui pourrait les signer, mais leurs demandes restent lettres mortes. Le groupe décide de se séparer et laisse dans son sillage des albums tous plus inventifs les uns que les autres.

Cocteau Twins, démiurges de l’introspection

Cocteau Twins, groupe phare de 4AD, bouleverse le monde de la musique en influençant la dream pop et le shoegaze. Le dyptique Tiny Dynamine/Echoes In A Shallow Bay constitue un cheminement dans leur discographie vers une texture ultra vaporeuse.

Les musiciens grandissent à Grangemouth, une ville ouvrière d’Ecosse. Fascinés par le punk, Elizabeth Frazer et Robin Guthrie se rencontrent dans une discothèque où le futur guitariste passe ses disques préférés. Ils deviennent amants puis fondent le groupe en 1979. Lors d’un concert de The Birthday Party, ils font connaissance avec le batteur qui leur donne l’adresse de 4AD. Ils envoient des démos à Ivo Watts Russel qui les invite à Londres pour jouer et, sidéré par la voix de soprano de Liz, il signe les Cocteau Twins qui deviennent la coqueluche du label.

« Tiny Dynamine »

En 1982, avec l’album Garlands, le public découvre une formation à la signature inimitable. Ce premier opus naît au moment où la scène gothique se forme avec le club The Batcave à Londres mais la proximité avec le mouvement est minime, tant les sonorités créées par Cocteau Twins sortent de l’ordinaire. Le groupe évolue vite et dans ses expérimentations soniques, il s’avèrera constamment précurseur. Leur musique introspective donne naissance à la dream pop et l’ethereal wave qui seront popularisées par le collectif de 4AD This Mortal Coil dans lequel ils jouent.

« Echoes In A Shallow Bay »

Les boucles chaotiques des instruments et le chant tribal de Garlands se muent en nappes atmosphériques préfigurant le shoegaze en 1983 grâce au morceau « Musette and Drums » sur Head Over Heels, où Robin se sert de la saturation afin de dissumuler ses lacunes à la guitare, sans penser un instant qu’il donnera naissance à un genre inédit. Elizabeth, considérée comme l’une des plus belles voix du monde, chante en glossolalies, inventant une langue à l’onirisme mystérieux. Après le départ du bassiste Will Hegie, Simon Raymonde rejoint la bande à partir de 1984 pour l’album Treasure et restera dans le groupe jusqu’à sa dissolution. Les Cocteau sont très prolixes pendant les années 80 et sortiront des albums presque tous les ans. Tiny Dynamine et Echoes In A Shallow Bay sont deux EP transitionnels dans la carrière des musiciens.

EP « Love’s Easy Tears » 1986

Le 1er novembre 1985 sortent ces EP miroirs, à écouter l’un à la suite de l’autre et à considérer comme les morceaux d’un seul album. En plus d’être dévoilés simultanément, ils possèdent un artwork similaire, telles deux pièces d’un puzzle. Tiny Dynamine et Echoes In A Shallow Bay sont issus d’une même session d’enregistrement au Guerilla Studio à Londres, et le diptyque est réuni dans un disque le 15 novembre de la même année. Les EP de Cocteau Twins font souvent office de transition entre les albums et ceux-ci n’échappent pas à la règle, à la croisée de Treasure, adoubé par le public, et de Victorialand, s’insinuant dans une texture ambient, abolissant la frontière entre couplet et refrain. Tiny Dynamine / Echoes In A Shallow Bay est une plongée dans des nappes encore plus planantes qu’à l’accoutumée, sillonnant un terrain psychédélique comme embrumé par la fumée de cigarette. L’instrumental « Ribbed And Veined » poussant l’auditeur aux confins de l’onirisme, pourrait figurer dans la B.O de Twin Peaks. Le chant d’Elizabeth, excellant dans les trilles sur « Melonella » et les choeurs polyphoniques de « Sultitan Itan » – spécialité qu’elle déploie depuis Head Over Heels – regorge d’une maîtrise, d’une originalité si époustouflantes que l’oreille ne peut s’y habituer. La musique de Cocteau Twins met à mal l’entendement, conjure toute exégèse pour s’en remettre à une émotion brute, pure qui ne peut que laisser pantois.

« The Moon And The Melodies »

En 1986, le groupe collabore avec le pianiste ambient Harold Budd sur l’opus The Moon And The Melodies. Ils signent avec Capitol en 1988 pour distribuer leurs disques en Amérique et ils quittent 4AD en 1990 après avoir sorti Heaven Or Las Vegas. Ils composeront deux albums plus pop au cours des années 90 qui n’accèdent pas à la consécration escomptée. La relation de Robin et Elizabeth s’achève, le groupe splitte. Au sortir d’une aventure si intense, ils ne se reformeront jamais mais poursuivent la musique chacun de leur côté. Liz a acquis une renommée mondiale en chantant pour Massive Attack, Simon fonde le label Bella Union et produisent de nombreux artistes tels que Beach House et Explosions in the Sky.

« Blue Bell Knoll », 1988

This Mortal Coil, le supergroupe de 4AD

This Mortal Coil est un projet regroupant les artistes les plus talentueux de chez 4AD. En 1984, leur album It’ll End In Tears contribue à l’émergence d’un nouveau genre : la dream pop.

Ivo Watts Russel nourrissait le désir de réaliser un medley de deux chansons de Modern English, « Sixteen Days » et « Gathering Dust », mais après avoir soumis l’idée au groupe, le chanteur Robbie Grey refuse. Ivo suggère alors aux musiciens de 4AD d’enregistrer les deux titres, désireux de produire un album avec des reprises de chansons des années 60 et 70 l’ayant influencé. Parmi elles, figure le chanteur Tim Buckley dont Elizabeth Fraser reprend « Song To The Siren » sur le 45 tours du même nom en 1983, qui reste en tête des charts britanniques pendant 101 semaines. Le succès est tel qu’Ivo décide de prolonger l’expérience sur un long format.

Vinyle de « It’ll End In Tears »

C’est ainsi que naît le supergroupe This Mortal Coil, invitant un florilège d’artistes de renom issus de 4AD tels que les Cocteau Twins, Dead Can Dance, Modern English, Xmal Deutschland, Wolfgang Press ou encore Colourbox à créer une musique contemplative au possible, qui emprunterait à la puissance du rock mais en lui donnant une autre teinte, beaucoup plus brumeuse. Sous la houlette du producteur John Fryer, tout ce beau monde enregistre It’ll End In Tears en 1984.

Au catalogue, deux titres de Big Star, sont réinterprétés par de prestigieux chanteurs qui ne font pas partie de l’écurie : il s’agit de Gordon Sharp (Cindytalk) sur « Kangaroo » et Howard Devoto (Buzzcocks, Magazine) sur « Holocaust ». Leurs voix graves, soutenues par le violoncelle et le piano métamorphosent les morceaux folk en plaintes lancinantes qui rendent justice à la mélancolie s’échappant des paroles. Pour parvenir à ce résultat lors des enregistrements, Ivo emporte avec lui une cassette des titres originaux afin de capter ce qui le séduit tant dans ces chansons, pour ensuite le transmettre à ses artistes qui les dynamitent dans une atmosphère contemplative. Malgré une majorité de reprises, It’ll End In Tears révèle deux inédits de Dead Can Dance, « Waves Become Wings » et « Dreams Made Flesh » ainsi qu’un titre instrumental, « Fyt », où The Wolfgang Press et Colourbox créent une mélodie qui confère à l’ambient avec les synthétiseurs.

This Mortal Coil est sans conteste le projet le plus audacieux d’Ivo car It’ll End In Tears défriche des sonorités n’ayant pas encore été exploitées en 1984, et qui vont contribuer à l’émergence de la « dream pop », genre immergeant l’auditeur dans des nappes d’instruments éthérés superposées à des voix oniriques. Sublime, le résultat emporte l’auditeur vers le paroxysme qui lui est promis à l’écoute du disque. À la fin, nous pleurons de cette beauté si incandescente, si sombre, dans laquelle nous précipite This Mortal Coil.

Modern English, les oubliés de 4AD

Modern English

Modern English a connu un bref succès au début des années 80 avant d’être délaissé par le public et la critique. Premier album coup de poing, Mesh & Lace révèle un post-punk fiévreux ciselé par des synthétiseurs chaotiques.

Passionnés par la culture punk et inspirés par Joy Division ou The Wire, les anglais fondent The Lepers en 1979 avant de se rebaptiser Modern English, suite à l’ajout d’un synthétiseur dans leurs compositions. Repérés par le journaliste et animateur de radio John Peel , ils entament une tournée dans le pays, envoient une démo à Ivo, et figurent parmi les premiers groupes à avoir signé chez 4AD.

Vinyle de »Mesh & Lace »

En 1980, ils sortent les singles « Gathering Dust », « Swans Of Glass » et « Smiles & Laughter » avant de se lancer dans la réalisation de Mesh & Lace. Ce sont les cendres du punk et la désillusion d’une Angleterre ultra-libérale qui amènent la bande de l’Essex à écrire les chansons caustiques de ce premier opus paru en 1981, martelées par des riffs et une voix pugnace sur lesquelles le synthétiseur laisse planer des ondes menaçantes. Modern English enregistre deux autres albums produits par Hugh Jones qui n’auront pas le retentissement escompté, mais le single « I Melt With You » connaît un vif succès aux États-Unis.

Le groupe quitte 4AD en 1984 et se tourne vers une production américaine avec Sire Records, l’essentiel de son public réside désormais dans le pays de l’Oncle Sam. Leur musique prend un tournant plus pop mais son public la juge trop édulcorée. Modern English ne parviendra pas à convaincre de nouveaux auditeurs et sombre dans l’oubli au cours des années 90, malgré la sortie de quelques disques qui passent inaperçus.

Ivo Watts-Russel tient Modern English pour une des formations les plus sous-estimées du label et est resté en très bon terme avec ses membres bien après leur départ de 4AD.

Albums sortis chez 4AD:

1981 Mesh & Lace

1982 After The Snow

1984 Ricochet Days

Singles et EP chez 4AD:

1980 Swans On Glass

1980 Gathering Dust

1981 Smiles And Laughter

1982 Life In The Gladhouse

1982 I Melt With You

1983 Someone’s Calling

1984 Chapter 12

Le label révolutionnaire 4AD fête ses 40 ans

Le mythique label 4AD fête ses quarante ans ! Découvrez la folle aventure d’un passionné qui a révolutionné l’histoire de la musique indépendante.

À la fin des années 70 à Londres, les jeunes Ivo Watts Russel et Peter Kent, fervents amateurs de rock, passent leurs journées chez Beggars Banquet, LE label indépendant qui signe les grands noms du punk, et possède son propre disquaire en dessous des locaux. Ils finissent par connaître si bien le catalogue que la maison de disques les embauche à la boutique avant de les faire travailler au sein du label. Chargés d’écouter les démos, ils font preuve de tant d’enthousiasme à l’égard de certains groupes que Beggars Banquet leur suggère de monter leur propre maison de disques, en leur apportant une aide financière. C’est ainsi qu’Axis Records voit le jour en 1979.

Bauhaus est le premier groupe à être signé chez 4AD

Emballés par le rock sombre de Bauhaus, précurseur d’un mouvement gothique qui connnaîtra un franc succès dans les charts britanniques et en Europe, Ivo et Peter signent leur premier groupe en novembre 1980 avec un album devenu culte : In The Flat Field. Au même moment, Axis doit changer de nom car il est déjà emprunté par une autre maison de disques et nos deux fondateurs s’inspireront d’un de leur flyer où est inscrit « 1980 Forward », abrégé en 4AD. Ivo souhaite explorer les sonorités creusées par le rock gothique et la new-wave, or Peter désire signer des groupes moins arty et quitte l’écurie en 1981 pour fonder son label Situation Two. Ivo se retrouve seul aux commandes de la maison mais, se laissant guider par son instinct musical aguerri, il signe au début des années 80 un nombre important de groupes, devenant tous aussi cultes les uns que les autres : les irrévérencieux Nick Cave et Lydia Lunch ou encore les mystiques Dead Can Dance.

« Peppermint Pigs » des Cocteau Twins, 1983.

En 1981, Ivo reçoit une démo qui va changer sa vie et façonnera l’identité sonore du label deux décennies durant : Cocteau Twins. Le guitariste Robin Guthrie se rend chez Beggars Banquet dans l’espoir de rencontrer Ivo en personne, ce qui n’arrive pas. La cassette qu’il laisse tombera pourtant entre les mains du démiurge de 4AD quelques temps plus tard. Intrigué, il convoque le groupe et lorsqu’il entend la voix soprano hors-norme d’Elizabeth, c’est la révélation. Le groupe prolixe sort des albums tous les ans durant les années 80, et développe une signature unique, traduisant l’émotion la plus viscérale qui soit – en raison d’une langue inventée par les paroles chimériques de Frazer et une ambiance organique, introspective au possible – jamais égalée par ses pairs. Cocteau Twins sont les enfants chéris du label mais aussi ses enfants terribles. Malgré le statut prestigieux que leur accorde Ivo, ils se plaindront auprès du label des pochettes réalisées par Vaughan Oliver, et de ne pas être mis plus en avant pour passer à la radio.

Gordon Sharp dédicace ses textes sybillins à Liz Frazer, qui le lui rend bien.

En 1983, Ivo fait la connaissance du graphiste Vaughan Oliver lors d’un concert et l’invite à collaborer avec le label pour réaliser l’artwork de ses pochettes, œuvres d’arts à part entière que s’arrachent les aficionados. 4AD, ce n’est pas seulement une aventure sonique hors du commun, c’est une signature esthétique reconnaissable entre toutes chez un disquaire. Avec le partenariat du vidéaste Nigel Grierson et du designer-calligraphe Chris Bigg, Vaughan Oliver fonde 23 Envelope (ou v23 ), réputé pour cultiver une imagerie adaptée au son d’un groupe, ce qui donne lieu à un art synesthésique, onirique.

La dimension esthétique de 4AD est telle que le label réalise des calendriers.
Magazine consacré à 4AD

Pour célébrer l’anniversaire de 4AD, on ne peut faire l’impasse sur le rôle considérable du producteur John Fryer au sein du label qui a su créer le son dont Ivo rêvait. Il orchestre le son de nombreux artistes tels que Clan Of Xymox ou Xmal Deutschland, mais il est surtout reconnu pour être aux manettes du « supergroupe » initié par Ivo : This Mortal Coil. En 1983, il désire réaliser un medley de deux chansons de Modern English « Sixteen Days » et « Gathering Dust » mais le groupe refuse. Ivo soumettra alors l’idée à plusieurs artistes du label (Cocteau Twins, Colourbox entre autres) d’enregistrer des reprises de ces titres et de morceaux des années 60 et 70 comme « Song To The Siren » de Tim Buckley qui fera un tabac. This Mortal Coil existera le temps de trois albums et contribue à l’émergence de la « dream pop », genre qui fait la part belle aux voix et nappes d’instruments atmosphériques, laissant émerger, dans son sillage, les balbutiements du shoegaze… L’influence du collectif sera telle qu’elle inspirera le label américain Projekt Records à signer une majorité de groupes éthérés.

« It’ll End In Tears » de This Mortal Coil

Au début des années 80, Peter Murphy de Bauhaus donne une cassette avec de mystérieuses voix des pays de l’Est à Ivo qui tombe sous le charme de leur chant : Le Mystère des Voix Bulgares que l’ethnomusicologue Marcel Cellier avait signé sur son label en 1975. Ivo est fasciné par leur mélopée utilisant des quarts de tons considérés comme faux qui insufflent une dimension singulière au chant dont la scène folk – Kate Bush en tête – va s’imprégner. Désireux d’explorer des sonorités peu considérées en Occident, 4AD s’empare de l’exotisme avant-gardiste qu’incarne Le Mystère des Voix Bulgares et ressort le disque en 1986. Le collectif connait un succès retentissant au Etats-Unis comme en Europe de l’Ouest. Il ne fait aucun doute que la mystérieuse chorale est l’une des influences de Lisa Gerrard – qui enregistrera un album avec elle et il est probable que les Cocteau Twins s’en soient inspirés.

« Sunburst And Snowblind » de Cocteau Twins ou l’art d’illustrer des sonorités éthérées

En 1987, le label manque d’argent et cherche désespérément une manne financière qui l’aidera à renflouer ses caisses. Ivo réussit un coup d’éclat qui va remédier à la situation, grâce à la collaboration de deux groupes qu’à priori tout oppose : la musique électronique de Colourbox et le rock alternatif et noise d’A R Kane. De ce duo naît MARRS qui envahira les charts avec le single Pump Up The Volume, précurseur de la musique house et premier hit contenant des samples à entrer dans les tops britanniques. L’enregistrement de ce titre aura été des plus houleux car des dissensions règnent entre les deux groupes sur le plan artistique. Ils refusent de venir en studio en même temps, préférant œuvrer chacun de leur côté, mais au terme de cette aventure les attend un tube qui va enflammer les discothèques aux quatre coins du globe. Le label survient à ses besoins et Pump Up The Volume est le seul titre de house que 4AD ait jamais enregistré, Ivo préférant continuer de déployer les univers musicaux fidèles à ses obsessions.

« Pump Up The Volume » s’est hissé en tête des charts anglais pendant des semaines
Colourbox

Si, dans les années 80, c’est Londres qui domine l’industrie musicale, elle perd son hégémonie au début des années 90 au profit des Etats-Unis. Ivo ouvre alors un bureau de 4AD à Los Angeles. Il déniche des pointures américaines majeures telles que His Name Is Alive et sa dream pop expérimentale ou encore la folk de Red House Painters qui emplit les stades grâce à la figure iconique de Mark Kozelek. Grâce à ces groupes, 4AD entretient la filiation avec les sonorités éthérées qui font sa marque de fabrique auprès des auditeurs du label mais pressentant l’avènement du grunge, il s’aventure vers des sonorités plus dures. Ivo découvre et signe Throwing Muses, The Pixies ou encore The Breeders qui font une entrée fracassante dans les années 90 avec un rock brut, dont le mot d’ordre est la fièvre. Face à l’effervescence de guitares saturées, il créé un sous-label dédiée au rock underground intitulé Guernica qui produira quelques groupes mais ne perdurera pas.

Spooky de Lush. En pleine époque shoegaze, les artworks de v23 se distinguent grâce à leur singulière finesse.

En 1990, les Cocteau Twins signent leur dernier album chez 4AD Heaven Or Las Vegas avant de se séparer de l’écurie. Ivo a évolué en même temps que ses artistes fétiches et leur perte conservera probablement pour lui un goût amer. Cette séparation n’est peut-être pas sans lien avec son départ du label quelques années plus tard. Bien que les Cocteau avaient préfiguré le shoegaze avec « Musette and Drums », en s’exilant aux Etats-Unis, Ivo n’a pas su se saisir de la vague émergeant au Royaume-Uni, composée de My Bloody Valentine, Ride ou Slowdive signés chez Creation Records. Il prend sous son aile Swallow et Heidi Berry –son groupe Felt était signé chez Creation, et les membres de My Bloody Valentine viennent chez 4AD pour fonder Mojave 3, créant ainsi une porosité entre les deux labels mais cela ne suffira pas à orner le label de son blason des débuts. Au milieu des années 90, le monde de la musique évolue grâce aux possibilités technologiques offertes par le logiciel ProTools, la musique électronique supplante peu à peu l’industrie et Ivo, n’ayant jamais juré que par ses goûts, jette l’éponge.

His Name Is Alive,
« Home Is In Your Head » de His Name Is Alive, 1991.

Il revend 4AD à Beggars Banquets en 1999, parvenant difficilement à dénicher des artistes dignes de le faire vibrer, et écœuré par une scène musicale à l’intérieur de laquelle il ne se reconnaît plus, il abandonne l’aventure et part vivre dans le désert du Nouveau-Mexique. Le départ de la figure légendaire d’Ivo opèrera un tournant pour le label qui, à l’aube du vingt-et-unième siècle, ne pourra égaler la révolution musicale accomplie dans les 80’s et les 90’s.

Néanmoins, 4AD existe toujours aujourd’hui et produit des musiciens éclectiques, comme Bon Iver, Daughter, ou encore Holly Herndon qui compose avec une intelligence artificielle. En quarante ans d’existence, l’écurie a toujours su rester audacieuse en respectant sa gageure en matière d’excellence. Elle reste, aujourd’hui encore, un modèle pour de nombreux labels indépendants. C’est pourquoi dans les prochaines semaines seront publiées des chroniques des artistes emblématiques de 4AD.

Vidéos réalisées pour la compilation « Lonely Is An Eyesore » en 1987

https://4ad.com/

Holly Herndon, musicienne et chercheuse

holly herndon

Avec son nouvel album Proto, la compositrice et chercheuse Holly Herndon s’est lancée le défi de placer l’intelligence artificielle au cœur du dispositif musical. Pari réussi.

Le troisième album d’Holly Herndon, Proto, est sorti le 10 mai sur le label 4AD (Grimes, Cocteau Twins, Bon Iver). Après avoir passé son adolescence à Berlin durant l’âge d’or de la techno, elle rentre aux Etats-Unis, à San Francisco, pour aller étudier à l’université de Stanford où elle obtient son doctorat en composition musicale et informatique. La jeune femme a récemment achevé sa thèse qui portait sur l’utilisation des voix dans la musique par ordinateur et donne, aujourd’hui, des cours dans des ateliers de recherche. Avec ce nouvel opus, elle poursuit sa quête sonore avant-gardiste et pop où l’étendue des possibilités technologiques constitue un prolongement et une ouverture à l’innovation.

Avec son collaborateur de longue date Mathew Dryhurst, elle a créé une intelligence artificielle nommée Spawn (progéniture) accompagnant une kyrielle d’invités (dont la musicienne et productrice de musique électronique Jlin ayant de plus en plus de renommée outre-atlantique). Lors de l’enregistrement d’un « live training » où elle modifie les voix d’une chorale, cette combinaison inattendue produit un résultat qui l’est tout autant.

Pendant l’écoute des treize morceaux que constitue Proto, l’éclectisme est au rendez-vous. Certaines chansons comme « Eternal » ou « SWIM » – les plus pop de l’album – font la part belle à la tessiture d’Holly, éthérée mais puissante, guidée par un tempo alliant rythmes cotonneux et énergiques. Ses expérimentations sonores constituent une véritable odyssée à travers les âges et les espaces : l’ambient de « Crawler » est imprégné d’une atmosphère organique où les vibrations de la nature reconstituées par ordinateur, côtoient les voix a capella des choristes, donnant une dimension liturgique à la fin de la piste. En effet, la chanteuse s’est inspirée de nombreuses traditions musicales anciennes que sa créature Spawn mêle aux voix robotisées, comme sur « Fear, Uncertainty, Doubt », les remodulant à l’excès. Depuis son premier album Movement sorti en 2012, Holly imprègne ses compositions de philosophie et ses arrangements cybernétiques provoquent un enfantement de la beauté. Proto, projet comparable à nul autre, place l’intelligence artificielle au cœur de la création et on ne peut s’empêcher de se questionner sur la part de liberté qu’Holly lui concède. À quel point Spawn intervient-elle avec la chorale, les rythmiques, le mix final ?

En enfantant Proto, qu’elle appelle elle-même son « baby », Holly Herndon s’est lancée le défi d’ériger la technologie, non pas en tant qu’objet voué à déshumaniser l’art mais au contraire, à l’augmenter de manière indéfinie. Cette tentative abolit la frontière des genres et permet à l’artiste de créer un nouvel écosystème musical.

[bandcamp width=100% height=120 album=1999046559 size=large bgcol=ffffff linkcol=0687f5 tracklist=false artwork=small] 

https://www.hollyherndon.com/

Holly Herndon « Eternelle »

Holly Herndon, photo Par Boris-Camaca

Préparant la sortie de son prochain album « Proto » le 10 Mai prochain sur le label anglais historique 4AD, l’artiste du Tennessee rapatriée à San Francisco après un bref passage à Berlin, révèle une nouvelle vidéo en forme de manifeste « Eternal » : « Une transmission fantomatique inspirée par des idées d’amour éternel par le biais du téléchargement de l’esprit ; une histoire de vampire moderne. »

Elle a gardé de son séjour berlinois l’ensemble vocal avec lequel elle a travaillé et superpose des images d’elle-même trouvées sur le net, comme elle superpose ses voix répétées à l’infini. A la différence des précédentes compositions, Herndon ne travaille plus simplement avec des voix mais incorpore des rythmiques électroniques qui devraient lui ouvrir les portes vers un public plus large. Il s’agit du troisième album de l’artiste qui se taille une notoriété à l’image de ses propositions artistiques : forte, cultivée, réfléchie. Elle raconte que son album a été composée en compagnie de sa propre Intelligence Artificielle « Baby ».

A découvrir d’urgence avant tout le monde. On vous reparlera de l’album dans un article complet prochainement.